L’interlocuteur obligé de Poutine n’est plus l’Amérique mais l’Europe

Balbutiante et fragile, la diplomatie européenne va faire ses premiers pas en Ukraine. Elle ne sait pas encore à quel moment et comment entrer en scène mais tout l’y pousse car un vide s’est créé depuis que Donald Trump s’est essoufflé en Iran et voudrait se refaire à Cuba.

Longtemps, le président américain avait cru que la Russie avait les cartes en main, que l’Ukraine devrait lui céder tout le Donbass pour survivre et qu’il pourrait ainsi s’entendre avec Vladimir Poutine sur le dos des Européens dont ils ne veulent ni l’un ni l’autre voir s’affirmer l’unité politique. Il n’avait donc eu de cesse de tordre le bras aux Ukrainiens mais la Russie fait du surplace quand elle ne recule pas, ne parvient plus à recruter assez d’hommes pour remplacer les quelque 30 000 morts ou blessés qu’elle perd chaque mois et l’Ukraine parvient à endommager assez de raffineries russes pour que l’envolée des cours du brut n’ait pas autant profité au Kremlin qu’il aurait pu l’espérer.

Vladimir Poutine se terre si bien qu’on le surnomme aujourd’hui « Pépé bunker ». Les grandes fortunes, les classes moyennes et même des proches du président se laissent gagner par l’inquiétude et bien que l’armée russe multiplie les provocations contre les Pays baltes pour tester les réactions occidentales, l’idée qu’il faille en finir avec cette guerre progresse à Moscou.

C’est tout à fait publiquement que le Kremlin se dit désormais prêt à des conversations avec l’Europe car Donald Trump n’est plus en position d’imposer une reddition à Kiev alors que l’Union vient, elle, de débloquer un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine. Quel qu’en soit son regret, l’interlocuteur obligé de Vladimir Poutine n’est plus l’Amérique mais l’Europe et les Européens sont parfaitement conscients, de leur côté, que c’est leur moment de vérité.

Pour eux, c’est être ou ne pas être. Ou bien ils savent relever ce défi ou bien l’Union renonce à s’affirmer en acteur de la scène politique internationale et les voilà donc, depuis plusieurs semaines, en quête d’un négociateur. Vladimir Poutine leur a suggéré son ami Gerhard Schröder, l’ancien chancelier allemand dont il a fait le président du conseil d’administration de Gazprom. Les Européens ont évidemment décliné mais hésitent entre la responsable en titre de leur diplomatie, l’Estonienne Kaja Kallas ; l’ancien président de la Banque centrale européenne, l’Italien Mario Draghi ; le président finlandais Alexander Stubb ; son prédécesseur, Sauli Niinistö, ou encore le Portugais Antonio Costa qui a pour lui un atout majeur.

En tant que président du Conseil européen, il exprime le consensus des 27 chefs d’Etat et de gouvernement qui l’ont placé à la tête de leur cénacle. Cela lui donnerait un poids décisif vis-à-vis de Vladimir Poutine et ce n’est pas tout car, avec lui, la diplomatie européenne serait clairement placée sous l’autorité des Etats membres alors que la Commission a eu ces dernières années tendance à se l’approprier. On verra mais, sur le fond, les Européens ont-ils la possibilité d’imposer au Kremlin un compromis que les Ukrainiens puissent accepter ?

A priori non puisque la Constitution russe a été modifiée pour faire de la totalité du Donbass un territoire de la Fédération de Russie, que le Kremlin s’est ainsi lié les mains et exige en conséquence que la négociation lui offre ce qu’il n’a pas su s’attribuer par les armes.

C’est le nœud du problème mais si Vladimir Poutine, contraint d’en finir, se résolvait à accepter que le cessez-le-feu soit établi le long de la ligne de front, un règlement deviendrait possible. Le Kremlin pourrait dire que la paix demandait qu’une partie du Donbass reste « occupée » par l’Ukraine tandis que les Ukrainiens pourraient renoncer à la reconquête des terres contrôlées par la Russie sans pour autant accepter leur annexion.

Comme il y eut deux Allemagne, il y aurait une Ukraine russe et une Ukraine indépendante. Les formulations nécessaires ne sont pas introuvables et tout tient en fait à la garantie de sécurité que l’Union devrait donner aux Ukrainiens en les acceptant sans délai dans ses rangs, toutes procédures oubliées. Plusieurs pistes sont explorées et le chancelier allemand vient de proposer que l’Ukraine soit associée à l’Union en siégeant dans toutes ses institutions mais sans y avoir immédiatement de droit de vote.

Les grandes lignes d’un compromis sont claires mais il n’y aura pas de vraie percée tant que le sort des armes n’aura pas convaincu Vladimir Poutine de l’impossibilité de s’adjuger la totalité du Donbass. Il y faudra tout l’été et plus longtemps peut-être.

Photo : Wikimedia Commons

English Polski Română Русский

L’interlocuteur obligé de Poutine n’est plus l’Amérique mais l’Europe

Balbutiante et fragile, la diplomatie européenne va faire ses premiers pas en Ukraine. Elle ne sait pas encore à quel moment et comment entrer en scène mais tout l’y pousse car un vide s’est créé depuis que Donald Trump s’est essoufflé en Iran et voudrait se refaire à Cuba.

Longtemps, le président américain avait cru que la Russie avait les cartes en main, que l’Ukraine devrait lui céder tout le Donbass pour survivre et qu’il pourrait ainsi s’entendre avec Vladimir Poutine sur le dos des Européens dont ils ne veulent ni l’un ni l’autre voir s’affirmer l’unité politique. Il n’avait donc eu de cesse de tordre le bras aux Ukrainiens mais la Russie fait du surplace quand elle ne recule pas, ne parvient plus à recruter assez d’hommes pour remplacer les quelque 30 000 morts ou blessés qu’elle perd chaque mois et l’Ukraine parvient à endommager assez de raffineries russes pour que l’envolée des cours du brut n’ait pas autant profité au Kremlin qu’il aurait pu l’espérer.

Vladimir Poutine se terre si bien qu’on le surnomme aujourd’hui « Pépé bunker ». Les grandes fortunes, les classes moyennes et même des proches du président se laissent gagner par l’inquiétude et bien que l’armée russe multiplie les provocations contre les Pays baltes pour tester les réactions occidentales, l’idée qu’il faille en finir avec cette guerre progresse à Moscou.

C’est tout à fait publiquement que le Kremlin se dit désormais prêt à des conversations avec l’Europe car Donald Trump n’est plus en position d’imposer une reddition à Kiev alors que l’Union vient, elle, de débloquer un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine. Quel qu’en soit son regret, l’interlocuteur obligé de Vladimir Poutine n’est plus l’Amérique mais l’Europe et les Européens sont parfaitement conscients, de leur côté, que c’est leur moment de vérité.

Pour eux, c’est être ou ne pas être. Ou bien ils savent relever ce défi ou bien l’Union renonce à s’affirmer en acteur de la scène politique internationale et les voilà donc, depuis plusieurs semaines, en quête d’un négociateur. Vladimir Poutine leur a suggéré son ami Gerhard Schröder, l’ancien chancelier allemand dont il a fait le président du conseil d’administration de Gazprom. Les Européens ont évidemment décliné mais hésitent entre la responsable en titre de leur diplomatie, l’Estonienne Kaja Kallas ; l’ancien président de la Banque centrale européenne, l’Italien Mario Draghi ; le président finlandais Alexander Stubb ; son prédécesseur, Sauli Niinistö, ou encore le Portugais Antonio Costa qui a pour lui un atout majeur.

En tant que président du Conseil européen, il exprime le consensus des 27 chefs d’Etat et de gouvernement qui l’ont placé à la tête de leur cénacle. Cela lui donnerait un poids décisif vis-à-vis de Vladimir Poutine et ce n’est pas tout car, avec lui, la diplomatie européenne serait clairement placée sous l’autorité des Etats membres alors que la Commission a eu ces dernières années tendance à se l’approprier. On verra mais, sur le fond, les Européens ont-ils la possibilité d’imposer au Kremlin un compromis que les Ukrainiens puissent accepter ?

A priori non puisque la Constitution russe a été modifiée pour faire de la totalité du Donbass un territoire de la Fédération de Russie, que le Kremlin s’est ainsi lié les mains et exige en conséquence que la négociation lui offre ce qu’il n’a pas su s’attribuer par les armes.

C’est le nœud du problème mais si Vladimir Poutine, contraint d’en finir, se résolvait à accepter que le cessez-le-feu soit établi le long de la ligne de front, un règlement deviendrait possible. Le Kremlin pourrait dire que la paix demandait qu’une partie du Donbass reste « occupée » par l’Ukraine tandis que les Ukrainiens pourraient renoncer à la reconquête des terres contrôlées par la Russie sans pour autant accepter leur annexion.

Comme il y eut deux Allemagne, il y aurait une Ukraine russe et une Ukraine indépendante. Les formulations nécessaires ne sont pas introuvables et tout tient en fait à la garantie de sécurité que l’Union devrait donner aux Ukrainiens en les acceptant sans délai dans ses rangs, toutes procédures oubliées. Plusieurs pistes sont explorées et le chancelier allemand vient de proposer que l’Ukraine soit associée à l’Union en siégeant dans toutes ses institutions mais sans y avoir immédiatement de droit de vote.

Les grandes lignes d’un compromis sont claires mais il n’y aura pas de vraie percée tant que le sort des armes n’aura pas convaincu Vladimir Poutine de l’impossibilité de s’adjuger la totalité du Donbass. Il y faudra tout l’été et plus longtemps peut-être.

Photo : Wikimedia Commons

English Polski Română Русский