Quand et comment reprendre langue avec le Kremlin

Peut-être est-il temps pour l’Europe de parler à Poutine puisqu’à force de ne pas gagner cette guerre, il la perd et que le continent tout entier, Russie comprise, aurait intérêt à éviter qu’il ne se lance dans une fuite en avant.

Lui parler permettrait de lui faire valoir qu’il peut encore s’en sortir sans perdre la face puisque l’Ukraine, premièrement, ne va pas entrer dans l’Otan car les Etats-Unis s’y opposeraient et que l’Alliance atlantique bat de l’aile ; que l’Ukraine, en deuxième lieu, peut se passer de troupes européennes sur son sol car elle va rejoindre l’Union européenne dont la protection lui sera ainsi assurée et que la Russie peut, en troisième lieu, conclure un cessez-le-feu sur l’actuelle ligne de front tout en continuant à dire que l’ensemble du Donbass lui appartiendrait.

La Russie comme l’Ukraine pourraient signer un cessez-le-feu tout aussi durable que celui des deux Corées tout en maintenant, pour la forme, que leur territoire est partiellement occupé par la force. Ce serait d’autant plus faisable que Vladimir Poutine aurait tout à gagner à arrêter les frais en proclamant sa victoire et que quels que soient les points qu’elle marque, l’Ukraine aussi a besoin de cesser de perdre des hommes et de se reconstruire.

C’est pour cela que Volodymyr Zelensky presse l’Europe de l’aider à ouvrir des pourparlers directs avec le Kremlin et que plusieurs des 27 considèrent qu’il est bel et bien temps de le faire avant que Donald Trump ne tente à nouveau de négocier un accord avec Vladimir Poutine sur le dos de l’Ukraine et de l’Union.

Solides, leurs arguments se tiennent mais beaucoup d’autres Européens font valoir que le président russe paraît encore croire en la possibilité de s’adjuger tout le Donbass par les armes ou la diplomatie et qu’il reste convaincu que les Européens préfèreront toujours mettre genou à terre que risquer la guerre. A vouloir dès maintenant ouvrir des conversations avec le Kremlin, l’Union risquerait, jugent-ils, de conforter Vladimir Poutine dans l’idée qu’elle serait peu ou prou prête à lâcher l’Ukraine comme Donald Trump avait voulu le faire. Il faut d’abord, dit-on notamment à Paris, Londre et Berlin, aider les Ukrainiens à multiplier les démonstrations de force, donner ainsi à réfléchir aux dirigeants russes et, avant tout, au premier d’entre eux et ne proposer qu’ensuite d’œuvrer à un compromis.

Pour l’heure, c’est cette seconde analyse qui prévaut. Donald Trump lui-même ne s’y est pas opposé lorsqu’il a accepté, au G 7, de vendre aux Ukrainiens des licences de fabrication d’armes américaines grâce auxquelles ils pourront tenir tête aux Russes en se protégeant de leurs frappes.

Le soutien militaire et financier de l’Europe a permis aux Ukrainiens d’instaurer un rapport de forces qui a fait évoluer la Maison-Blanche. L’Union s’est imposée là en acteur essentiel de la scène politique internationale et tous ceux qui continuent de penser que l’Europe n’existerait plus devraient remettre leur montre à l’heure.

Comme les Américains, les Russes vont devoir intégrer ce changement de donne. Ils le devront même plus vite et plus profondément encore car la Russie n’est désormais plus confrontée aux Etats-Unis mais à l’Europe et son front commun. Union européenne et Grande-Bretagne d’un côté, Fédération de Russie de l’autre, ce ne sont plus les deux blocs de la Guerre froide qui sont face-à-face, non plus les Occidentaux contre les Russes, mais deux Europe, l’Europe démocratique et celle qui a encore tant de mal à rompre avec la dictature.

Plus encore qu’une guerre, c’est une bataille politique qui se mène en Ukraine. L’oligarchie y affronte la démocratie et avant même de parler ou non à Vladimir Poutine, les démocraties européennes devraient donc s’adresser directement aux Russes. Sans plus tarder, nous devons leur dire que nous avons à bâtir ensemble un continent de paix et de prospérité et que seul leur président nous en empêche, eux et nous.

Photo : Pixabay

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Quand et comment reprendre langue avec le Kremlin

Peut-être est-il temps pour l’Europe de parler à Poutine puisqu’à force de ne pas gagner cette guerre, il la perd et que le continent tout entier, Russie comprise, aurait intérêt à éviter qu’il ne se lance dans une fuite en avant.

Lui parler permettrait de lui faire valoir qu’il peut encore s’en sortir sans perdre la face puisque l’Ukraine, premièrement, ne va pas entrer dans l’Otan car les Etats-Unis s’y opposeraient et que l’Alliance atlantique bat de l’aile ; que l’Ukraine, en deuxième lieu, peut se passer de troupes européennes sur son sol car elle va rejoindre l’Union européenne dont la protection lui sera ainsi assurée et que la Russie peut, en troisième lieu, conclure un cessez-le-feu sur l’actuelle ligne de front tout en continuant à dire que l’ensemble du Donbass lui appartiendrait.

La Russie comme l’Ukraine pourraient signer un cessez-le-feu tout aussi durable que celui des deux Corées tout en maintenant, pour la forme, que leur territoire est partiellement occupé par la force. Ce serait d’autant plus faisable que Vladimir Poutine aurait tout à gagner à arrêter les frais en proclamant sa victoire et que quels que soient les points qu’elle marque, l’Ukraine aussi a besoin de cesser de perdre des hommes et de se reconstruire.

C’est pour cela que Volodymyr Zelensky presse l’Europe de l’aider à ouvrir des pourparlers directs avec le Kremlin et que plusieurs des 27 considèrent qu’il est bel et bien temps de le faire avant que Donald Trump ne tente à nouveau de négocier un accord avec Vladimir Poutine sur le dos de l’Ukraine et de l’Union.

Solides, leurs arguments se tiennent mais beaucoup d’autres Européens font valoir que le président russe paraît encore croire en la possibilité de s’adjuger tout le Donbass par les armes ou la diplomatie et qu’il reste convaincu que les Européens préfèreront toujours mettre genou à terre que risquer la guerre. A vouloir dès maintenant ouvrir des conversations avec le Kremlin, l’Union risquerait, jugent-ils, de conforter Vladimir Poutine dans l’idée qu’elle serait peu ou prou prête à lâcher l’Ukraine comme Donald Trump avait voulu le faire. Il faut d’abord, dit-on notamment à Paris, Londre et Berlin, aider les Ukrainiens à multiplier les démonstrations de force, donner ainsi à réfléchir aux dirigeants russes et, avant tout, au premier d’entre eux et ne proposer qu’ensuite d’œuvrer à un compromis.

Pour l’heure, c’est cette seconde analyse qui prévaut. Donald Trump lui-même ne s’y est pas opposé lorsqu’il a accepté, au G 7, de vendre aux Ukrainiens des licences de fabrication d’armes américaines grâce auxquelles ils pourront tenir tête aux Russes en se protégeant de leurs frappes.

Le soutien militaire et financier de l’Europe a permis aux Ukrainiens d’instaurer un rapport de forces qui a fait évoluer la Maison-Blanche. L’Union s’est imposée là en acteur essentiel de la scène politique internationale et tous ceux qui continuent de penser que l’Europe n’existerait plus devraient remettre leur montre à l’heure.

Comme les Américains, les Russes vont devoir intégrer ce changement de donne. Ils le devront même plus vite et plus profondément encore car la Russie n’est désormais plus confrontée aux Etats-Unis mais à l’Europe et son front commun. Union européenne et Grande-Bretagne d’un côté, Fédération de Russie de l’autre, ce ne sont plus les deux blocs de la Guerre froide qui sont face-à-face, non plus les Occidentaux contre les Russes, mais deux Europe, l’Europe démocratique et celle qui a encore tant de mal à rompre avec la dictature.

Plus encore qu’une guerre, c’est une bataille politique qui se mène en Ukraine. L’oligarchie y affronte la démocratie et avant même de parler ou non à Vladimir Poutine, les démocraties européennes devraient donc s’adresser directement aux Russes. Sans plus tarder, nous devons leur dire que nous avons à bâtir ensemble un continent de paix et de prospérité et que seul leur président nous en empêche, eux et nous.

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