Quatre puissances pour un seul siècle

Il y a un siècle, on savait. Au sortir de la Première guerre mondiale, on savait que les Etats-Unis domineraient le XX° siècle car ils venaient d’affirmer leur prééminence sur les deux superpuissances de l’époque, la France et la Grande-Bretagne. C’était clair, indiscutable et indiscuté, mais aujourd’hui ?

Ce qui frappe aujourd’hui est qu’aucune des puissances en lice ne prend vraiment le pas sur les autres, pas plus la Chine et ses fragilités que les Etats-Unis aux pieds d’argile, la Russie épuisée par la guerre ou l’Europe dont la renaissance reste tellement incertaine.

Deuxième économie du monde et bien près de ravir leur première place aux Etats-Unis, la Chine parait la mieux placée des quatre. Son éveil a été si rapide que c’est avec des airs de suzerain qu’elle reçoit cette semaine Vladimir Poutine après Donald Trump la semaine dernière.

Pour beaucoup de sachants, les jeux seraient faits. Ce siècle serait à coup sûr chinois mais un pouvoir qui ne parvient pas à donner du travail à ses jeunes diplômés et ne sait plus où exporter ses surproductions, qui devra gérer le vieillissement de sa population et n’en finit plus de purger ses cadres politiques et ses généraux, qui s’avère incapable de résoudre une crise immobilière tentaculaire et ne sait s’attacher d’alliés influents sur aucun continent, ce pouvoir-là est-il vraiment aussi fort qu’on le dit ?

Rien ne le prouve. Cela reste à voir car dans un pays où tout dépend d’un seul homme et dont les inégalités sociales et régionales sont aussi profondes, une crise de croissance pourrait vite tourner à la crise de régime. La Chine est un point d’interrogation mais pour ce qui est des Etats-Unis, nul mystère en revanche : ils s’essoufflent à vue d’œil.

Première puissance économique et militaire du monde, l’Amérique s’est décrédibilisée auprès de ses alliés d’Europe, du Golfe et d’Asie depuis qu’elle a réélu Donald Trump à sa présidence. Tout aussi divisée qu’à la veille de sa Guerre de sécession, elle ne fait plus peur qu’aux dirigeants cubains et se casse les dents en Iran sur un régime pourtant haï et désargenté. Il lui reste trois atouts de taille : un pouvoir de nuisance, le dollar et son avance technologique. Ce n’est bien sûr pas rien mais l’hyperpuissance d’hier en est à faire de Taïwan une « monnaie d’échange » avec Xi Jinping qui ne la craint plus guère et la méprise.

Même après Trump, les Etats-Unis auront du mal à refermer leurs plaies mais alors qu’ils peuvent encore rebondir, la Russie s’est, elle, d’ores et déjà condamnée à une longue éclipse. Depuis que son président a préféré une ambition de reconquête impériale à l’industrialisation et à la stabilisation socio-politique dont ses richesses énergétiques et son niveau culturel lui donnaient pourtant les moyens, la Fédération de Russie opère un grand bond en arrière.

Pays le plus étendu du monde, la Russie pourrait même se fractionner tandis qu’à l’inverse, l’Union européenne serre toujours plus ses rangs et va s’étendre à nouveau. Unie comme jamais dans son soutien à l’Ukraine, son refus de laisser l’Amérique annexer le Groënland et son opposition à l’aventure iranienne, l’Union a entrepris de se doter d’une défense commune et s’affirme en puissance politique.

Les autres démocraties européennes se rapprochent d’elle. Canada en tête, des pays d’autres continents sont également tentés de le faire. L’Europe remonte en puissance mais elle ne confirmera l’essai qu’en réussissant à constituer ses propres géants industriels civils et militaires, à unifier pour cela ses marchés de capitaux, à créer les conditions d’un codéveloppement avec l’Afrique et à définir les degrés d’intégration différenciés permettant à l’Union de s’élargir sans risquer de blocages institutionnels.

Les Etats membres, le Parlement et la Commission en sont conscients. A Bruxelles et dans les 27 capitales, on ne parle plus que de cela mais pour ne pas rater son rendez-vous avec l’Histoire, c’est maintenant que l’Europe doit passer des paroles aux actes.

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Quatre puissances pour un seul siècle

Il y a un siècle, on savait. Au sortir de la Première guerre mondiale, on savait que les Etats-Unis domineraient le XX° siècle car ils venaient d’affirmer leur prééminence sur les deux superpuissances de l’époque, la France et la Grande-Bretagne. C’était clair, indiscutable et indiscuté, mais aujourd’hui ?

Ce qui frappe aujourd’hui est qu’aucune des puissances en lice ne prend vraiment le pas sur les autres, pas plus la Chine et ses fragilités que les Etats-Unis aux pieds d’argile, la Russie épuisée par la guerre ou l’Europe dont la renaissance reste tellement incertaine.

Deuxième économie du monde et bien près de ravir leur première place aux Etats-Unis, la Chine parait la mieux placée des quatre. Son éveil a été si rapide que c’est avec des airs de suzerain qu’elle reçoit cette semaine Vladimir Poutine après Donald Trump la semaine dernière.

Pour beaucoup de sachants, les jeux seraient faits. Ce siècle serait à coup sûr chinois mais un pouvoir qui ne parvient pas à donner du travail à ses jeunes diplômés et ne sait plus où exporter ses surproductions, qui devra gérer le vieillissement de sa population et n’en finit plus de purger ses cadres politiques et ses généraux, qui s’avère incapable de résoudre une crise immobilière tentaculaire et ne sait s’attacher d’alliés influents sur aucun continent, ce pouvoir-là est-il vraiment aussi fort qu’on le dit ?

Rien ne le prouve. Cela reste à voir car dans un pays où tout dépend d’un seul homme et dont les inégalités sociales et régionales sont aussi profondes, une crise de croissance pourrait vite tourner à la crise de régime. La Chine est un point d’interrogation mais pour ce qui est des Etats-Unis, nul mystère en revanche : ils s’essoufflent à vue d’œil.

Première puissance économique et militaire du monde, l’Amérique s’est décrédibilisée auprès de ses alliés d’Europe, du Golfe et d’Asie depuis qu’elle a réélu Donald Trump à sa présidence. Tout aussi divisée qu’à la veille de sa Guerre de sécession, elle ne fait plus peur qu’aux dirigeants cubains et se casse les dents en Iran sur un régime pourtant haï et désargenté. Il lui reste trois atouts de taille : un pouvoir de nuisance, le dollar et son avance technologique. Ce n’est bien sûr pas rien mais l’hyperpuissance d’hier en est à faire de Taïwan une « monnaie d’échange » avec Xi Jinping qui ne la craint plus guère et la méprise.

Même après Trump, les Etats-Unis auront du mal à refermer leurs plaies mais alors qu’ils peuvent encore rebondir, la Russie s’est, elle, d’ores et déjà condamnée à une longue éclipse. Depuis que son président a préféré une ambition de reconquête impériale à l’industrialisation et à la stabilisation socio-politique dont ses richesses énergétiques et son niveau culturel lui donnaient pourtant les moyens, la Fédération de Russie opère un grand bond en arrière.

Pays le plus étendu du monde, la Russie pourrait même se fractionner tandis qu’à l’inverse, l’Union européenne serre toujours plus ses rangs et va s’étendre à nouveau. Unie comme jamais dans son soutien à l’Ukraine, son refus de laisser l’Amérique annexer le Groënland et son opposition à l’aventure iranienne, l’Union a entrepris de se doter d’une défense commune et s’affirme en puissance politique.

Les autres démocraties européennes se rapprochent d’elle. Canada en tête, des pays d’autres continents sont également tentés de le faire. L’Europe remonte en puissance mais elle ne confirmera l’essai qu’en réussissant à constituer ses propres géants industriels civils et militaires, à unifier pour cela ses marchés de capitaux, à créer les conditions d’un codéveloppement avec l’Afrique et à définir les degrés d’intégration différenciés permettant à l’Union de s’élargir sans risquer de blocages institutionnels.

Les Etats membres, le Parlement et la Commission en sont conscients. A Bruxelles et dans les 27 capitales, on ne parle plus que de cela mais pour ne pas rater son rendez-vous avec l’Histoire, c’est maintenant que l’Europe doit passer des paroles aux actes.

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