Tribune publiée dans Libération le 29 mars 2026.
En Iran, Donald Trump n’a plus que de mauvaises solutions. La première serait de se proclamer vainqueur et de rappeler ses troupes. Rien ne le lui interdirait mais rien ne lui permettrait non plus d’accréditer cette fable. Non seulement son crédit personnel en serait atteint à huit mois des élections de mi-mandat mais celui des Etats-Unis le serait bien plus encore dans les pays du Golfe, l’ensemble du Proche-Orient et tout le reste du monde.
Le régime iranien, à l’inverse, en sortirait tout aussi gagnant que si Donald Trump se décidait à passer avec lui un accord en faux semblants. Comme elle l’a toujours fait, la République islamique s’engagerait à ne jamais se doter de la bombe. Il y aurait encore moins de raisons de la croire aujourd’hui qu’hier mais, en échange de garanties illusoires, elle obtiendrait une levée progressive des sanctions économiques qui la frappent. Ses dirigeants pourraient ainsi reprendre la main pour le plus grand malheur de leur peuple, la plus grande inquiétude de leurs voisins et la plus grande satisfaction de la Chine et de la Russie que renforcerait la victoire d’un pouvoir dont elles sont l’allié.
En lettres capitales, Donald Trump saurait bien sûr affirmer qu’il aurait imposé au régime iranien des concessions que personne d’autre que lui n’aurait su obtenir. Il s’en convaincrait lui-même mais aucune capitale ne serait dupe tant il serait évident qu’il aurait mené deux guerres pour parvenir à un accord autrement moins solide que celui que les Européens et Barack Obama avait négocié en 2015 et qu’il avait cru bon de dénoncer après sa première élection.
Là encore, le crédit des Etats-Unis et le sien en seraient gravement atteints mais la troisième solution, l’envoi de troupes au sol, présenterait d’énormes risques. Outre que ces hommes pourraient essuyer d’importantes pertes qu’aucun secteur de l’opinion américaine ne serait prêt à accepter, l’appareil iranien n’hésiterait plus à frapper toutes les infrastructures des monarchies, y compris leurs usines de désalinisation.
Les conséquences économiques de cette guerre devenue totale seraient telles que Donald Trump n’a envisagé, pour l’heure, qu’une occupation d’une des îles du Golfe persique, l’île de Kharg indispensable aux exportations de pétrole iranien. Il espérait, dans cette hypothèse, prendre un gage qu’il pourrait échanger ensuite contre de vraies concessions mais ce plan de la dernière chance a tout d’aléatoire car la République islamique n’ignore pas que la Maison-Blanche ne peut pas tenir la longueur.
Donald Trump ne peut aujourd’hui plus s’en sortir victorieux que si le pouvoir iranien s’effondrait soudain sous l’effet d’un épuisement de ses ressources et des dissensions internes qui s’ensuivraient. On peut d’autant moins l’exclure que ce ne serait nullement surprenant mais rien n’assure que ce régime s’essoufflera avant l’homme qui avait cru l’abattre en un week-end.
La popularité de Donald Trump connait un tel recul que l’institut Gallup a été conduit à ne plus la mesurer. Avec plus de 3000 cortèges défilant samedi dernier au cri de « Pas de roi ! » et des déchirements de plus en plus profonds entre grandes figures du mouvement Maga, ce président est toujours plus dos au mur. Sa fragilisation peut le conduire à surréagir comme il l’avait fait en lançant ses partisans à l’assaut du Congrès après sa défaite de 2020 contre Joe Biden.
Une incertitude menace les Etats-Unis alors qu’ils ont perdu leur hégémonie et que leurs consensus intérieurs ont cédé la place à de profondes divisions entre les deux Amérique qu’incarnent désormais le Texas et la Californie ou la Floride et New York.
Parce que le monde n’a plus de gendarme, l’Europe doit affirmer sa Défense, ses industries et ses ententes avec les si nombreux et puissants pays qui ne veulent plus dépendre ni de la Chine ni des Etats-Unis. C’est résolument qu’elle doit le faire car elle ne peut pas refuser les responsabilités que lui impose ce changement d’époque.
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