La paille occidentale et la poutre russe

Refait-il ou non la même erreur qu’il y a trois ans ? En 2022, Vladimir Poutine n’avait fini par envahir l’Ukraine qu’après s’être convaincu que ni les Etats-Unis ni l’Union européenne ne feraient quoi que ce soit pour contrecarrer ses plans.

Tout le lui laissait penser puisque les Américains ne lui adressaient pas la moindre mise en garde et que les Européens, pourtant dûment avertis par Washington de la montée en puissance des troupes russes massées à la frontière ukrainienne, ne voulaient pas se convaincre de la réalité du danger.

Ils ne bougeront pas, je peux y aller, s’était donc dit le président russe en se trompant du tout au tout sur la force et la rapidité avec lesquelles les Occidentaux allaient venir au secours de Kiev.

Cette cécité lui a coûté cher. Les Etats-Unis ont très vite livré des armes à l’Ukraine. Les Européens ont été encore plus prompts à le faire et ont entrepris, dans le même temps, de se doter d’une Défense commune Sur le terrain, le seul vrai changement qu’ait pu imposer Vladimir Poutine a été l’annexion formelle de territoires que des mouvements sécessionnistes pro-russes contrôlaient déjà. Sa marine a été défaite en Mer noire et son économie, après avoir été fortement stimulée par l’accroissement des dépenses militaires, marque désormais de sérieux signes d’essoufflement.

Pour Vladimir Poutine, le bilan de cette agression et simplement catastrophique mais il a pourtant refusé de saisir la main que lui tendait Donald Trump. Le président américain était disposé à reconnaître l’annexion de la Crimée, à admettre le fait accompli de l’intégration du Donbass à la Fédération de Russie, à arrêter tout soutien militaire à l’Ukraine et à lui fermer les portes de l’Alliance atlantique. Alors même qu’il perdait pied, Vladimir Poutine se voyait offrir par les Etats-Unis la possibilité de sauver la face et que fait-il ?

Il refuse. Il veut la démilitarisation de l’Ukraine et le remplacement de Volodymyr Zelenski par un homme à lui. Il veut pouvoir enregistrer une indiscutable victoire qui lui permettrait d’établir un protectorat sur ce qui avait été l’Empire des tsars et d’intimider par-là toute l’Europe. Il se croît, en un mot, assez fort pour décliner ce qui était une claire proposition d’entente américano-russe sur le dos des Européens.

Comme s’il ne savait rien apprendre, Vladimir Poutine parait répéter, en bien plus large encore, son erreur d’il y a trois ans sauf…

Sauf qu’on voit encore mal ce que va faire Donald Trump maintenant qu’il constate que le président russe ne veut pas la paix. Sans doute va-t-il aider l’Ukraine à se défendre contre les drones et missiles russes mais ira-t-il jusqu’à lui donner les moyens de suffisamment frapper les infrastructures militaires de la Russie pour contraindre le maître du Kremlin à de vraies négociations ?

C’est loin d’être certain car il faudrait pour cela que Donald Trump s’engage dans une épreuve de force militaire avec la Russie alors qu’il a promis à ses électeurs de ne jamais entraîner les Etats-Unis dans de nouvelles guerres, même indirectes.

Vladimir Poutine peut se dire que son plus très ami Donald ne franchira pas ce pas de crainte de s’affaiblir à la veille des élections de mi-mandat de 2026. Il peut tabler sur une prudence de la Maison-Blanche qui se limiterait à des demi-mesures et il peut également se dire que les dirigeants français, allemand, polonais, espagnol et britannique traversent tous de mauvaises passes, que l’Union européenne veut s’affirmer mais n’est pas au mieux de sa forme et que des extrêmes-droites dont il est proche progressent dans presque toutes ses capitales.

Cette fois-ci, le calcul du président russe n’est pas forcément faux mais il oublie deux choses.

La première est qu’il sera difficile à Donald Trump de se laisser humilier par Vladimir Poutine et que les Etats-Unis pourraient difficilement permettre à l’axe sino-russe de l’emporter en Ukraine sans que la Chine ne se convainque de sa capacité à dominer ce siècle.

A Washington, la messe n’est pas dite et la seconde chose que le président russe devrait prendre en compte est que son seul grand allié européen, Viktor Orban, ne cesse de s’affaiblir ; que la progression des extrêmes-droites européennes ne leur garantit pas d’arriver au pouvoir, en tout cas pas seules, et que toutes ne souhaitent pas que la Russie puisse dominer l’Europe.

Aujourd’hui comme il y a trois ans, Vladimir Poutine méprise l’Occident et nous sous-estime, ne voyant que la paille de notre œil et non la poutre du sien.

( Image : La parabole de la paille et de la poutre, gravure de 1585 par Ambrosius Francken I, S.II 136424, département des estampes, Bibliothèque royale de Belgique )

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La paille occidentale et la poutre russe

Refait-il ou non la même erreur qu’il y a trois ans ? En 2022, Vladimir Poutine n’avait fini par envahir l’Ukraine qu’après s’être convaincu que ni les Etats-Unis ni l’Union européenne ne feraient quoi que ce soit pour contrecarrer ses plans.

Tout le lui laissait penser puisque les Américains ne lui adressaient pas la moindre mise en garde et que les Européens, pourtant dûment avertis par Washington de la montée en puissance des troupes russes massées à la frontière ukrainienne, ne voulaient pas se convaincre de la réalité du danger.

Ils ne bougeront pas, je peux y aller, s’était donc dit le président russe en se trompant du tout au tout sur la force et la rapidité avec lesquelles les Occidentaux allaient venir au secours de Kiev.

Cette cécité lui a coûté cher. Les Etats-Unis ont très vite livré des armes à l’Ukraine. Les Européens ont été encore plus prompts à le faire et ont entrepris, dans le même temps, de se doter d’une Défense commune Sur le terrain, le seul vrai changement qu’ait pu imposer Vladimir Poutine a été l’annexion formelle de territoires que des mouvements sécessionnistes pro-russes contrôlaient déjà. Sa marine a été défaite en Mer noire et son économie, après avoir été fortement stimulée par l’accroissement des dépenses militaires, marque désormais de sérieux signes d’essoufflement.

Pour Vladimir Poutine, le bilan de cette agression et simplement catastrophique mais il a pourtant refusé de saisir la main que lui tendait Donald Trump. Le président américain était disposé à reconnaître l’annexion de la Crimée, à admettre le fait accompli de l’intégration du Donbass à la Fédération de Russie, à arrêter tout soutien militaire à l’Ukraine et à lui fermer les portes de l’Alliance atlantique. Alors même qu’il perdait pied, Vladimir Poutine se voyait offrir par les Etats-Unis la possibilité de sauver la face et que fait-il ?

Il refuse. Il veut la démilitarisation de l’Ukraine et le remplacement de Volodymyr Zelenski par un homme à lui. Il veut pouvoir enregistrer une indiscutable victoire qui lui permettrait d’établir un protectorat sur ce qui avait été l’Empire des tsars et d’intimider par-là toute l’Europe. Il se croît, en un mot, assez fort pour décliner ce qui était une claire proposition d’entente américano-russe sur le dos des Européens.

Comme s’il ne savait rien apprendre, Vladimir Poutine parait répéter, en bien plus large encore, son erreur d’il y a trois ans sauf…

Sauf qu’on voit encore mal ce que va faire Donald Trump maintenant qu’il constate que le président russe ne veut pas la paix. Sans doute va-t-il aider l’Ukraine à se défendre contre les drones et missiles russes mais ira-t-il jusqu’à lui donner les moyens de suffisamment frapper les infrastructures militaires de la Russie pour contraindre le maître du Kremlin à de vraies négociations ?

C’est loin d’être certain car il faudrait pour cela que Donald Trump s’engage dans une épreuve de force militaire avec la Russie alors qu’il a promis à ses électeurs de ne jamais entraîner les Etats-Unis dans de nouvelles guerres, même indirectes.

Vladimir Poutine peut se dire que son plus très ami Donald ne franchira pas ce pas de crainte de s’affaiblir à la veille des élections de mi-mandat de 2026. Il peut tabler sur une prudence de la Maison-Blanche qui se limiterait à des demi-mesures et il peut également se dire que les dirigeants français, allemand, polonais, espagnol et britannique traversent tous de mauvaises passes, que l’Union européenne veut s’affirmer mais n’est pas au mieux de sa forme et que des extrêmes-droites dont il est proche progressent dans presque toutes ses capitales.

Cette fois-ci, le calcul du président russe n’est pas forcément faux mais il oublie deux choses.

La première est qu’il sera difficile à Donald Trump de se laisser humilier par Vladimir Poutine et que les Etats-Unis pourraient difficilement permettre à l’axe sino-russe de l’emporter en Ukraine sans que la Chine ne se convainque de sa capacité à dominer ce siècle.

A Washington, la messe n’est pas dite et la seconde chose que le président russe devrait prendre en compte est que son seul grand allié européen, Viktor Orban, ne cesse de s’affaiblir ; que la progression des extrêmes-droites européennes ne leur garantit pas d’arriver au pouvoir, en tout cas pas seules, et que toutes ne souhaitent pas que la Russie puisse dominer l’Europe.

Aujourd’hui comme il y a trois ans, Vladimir Poutine méprise l’Occident et nous sous-estime, ne voyant que la paille de notre œil et non la poutre du sien.

( Image : La parabole de la paille et de la poutre, gravure de 1585 par Ambrosius Francken I, S.II 136424, département des estampes, Bibliothèque royale de Belgique )

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