Tandis que vous détruisez, Monsieur, nous construisons

Nous non plus. Nous n’oublierons pas non plus, M. Trump, la manière dont vous nous avez traité de « lâches » et menacé de vous souvenir de notre refus d’entrer en guerre à vos côtés.

Nous ne l’oublierons pas car la fureur et la grossièreté auxquelles vous vous êtes abandonné là disent trop bien ce que nous sommes à vos yeux.

Nous ne sommes pas pour vous des alliés mais des supplétifs.

On se concerte avec ses alliés. On les consulte au moins. On les avertit au minimum de décisions qui auront pour eux de lourdes conséquences mais c’est devant un fait accompli que vous nous avez mis. D’une heure à l’autre, nous avons dû, nous les Européens, nous porter à l’aide de Chypre, Etat membre de l’Union. A nous Français, c’est dans l’instant qu’il nous a fallu organiser la défense de ceux des pays du Golfe avec lesquels nous avons des accords de sécurité. Nos économies ont bientôt eu à souffrir de l’envolée des cours du pétrole mais vous ne vous êtes souvenus de notre existence que face à vos propres difficultés.

Parce que vous n’aviez pas prévu que le régime iranien puisse bloquer le Détroit d’Ormuz, c’est à nous l’Europe qu’il revenait soudain d’aller le rouvrir. Comment ? Avec quelle répartition des tâches ? Dans quel but ultime ? Vous n’en avez rien dit et sans doute n’en saviez-vous rien. C’était un ordre, point à la ligne, sans qu’il soit question de concertation politique ni même d’une réunion d’états-majors. Nous devions obéir mais l’Europe n’est pas un régiment qu’on siffle.

Notre réponse fut donc « non », un « non » fondateur parce tous les Européens avaient osé le prononcer, même les plus atlantistes d’entre nous, même ceux qui avaient appartenu à l’URSS et partagent une frontière avec la Russie, un « non » spectaculaire parce que l’Union se démarquait unanimement de Washington, du jamais vu, sans que la terre ne s’entrouvre.

« Je n’oublierai pas », nous avez-vous dit dans un lourd sous-entendu sur l’avenir de l’Alliance atlantique mais vous feriez mieux de vous souvenir que même les Etats-Unis ont besoin d’alliés, que vous venez de l’éprouver et que des alliés doivent être traités en égaux et non pas en vassaux. Pensez-y car où vous mènerait-elle cette tentation de vous retirer de l’Alliance qui nous lie, Américains et Européens, depuis si longtemps ?

Ne pensez pas, même pas en rêve, que vous pourriez alors défaire l’Union européenne et vous partager l’Europe, votre ami Poutine et vous, en zones d’influence américaine et russe. Observez ce qu’il vient de se passer. Repensez à la détermination avec laquelle nous vous avions fait reculer lorsque vous ambitionniez d’annexer le Groënland.

La fin de l’Otan, Monsieur, ne ferait qu’accélérer la constitution d’une défense européenne et l’émergence d’une Europe politique, de cette puissance d’équilibre qu’il faut au siècle pour échapper au tête-à-tête sino-américain.

Nous nous y sommes attelés. C’est en cours mais ce que nous voulons aujourd’hui faire dans le cadre de l’Alliance atlantique en en faisant progressivement une alliance entre égaux, l’Europe et l’Amérique, nous le ferions alors seuls, hors de l’Otan que vous auriez tuée.

Ce n’est pas là notre souhait. Nous souhaitons tous, au contraire, renforcer notre alliance mais si vous optiez pour la solitude, ne doutez pas que nous sachions nous passer de vous. La pression russe nous y obligerait. En Asie comme ailleurs, nous trouverions vite de nouveaux alliés parmi ceux que vous avez déjà tant fait douter de l’Amérique et voyez les coalitions que nous esquissons pour l’Ukraine et le Proche-Orient d’après-guerre. Elles sont les alliances et la sécurité de demain car tandis que vous détruisez, nous construisons.

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Tandis que vous détruisez, Monsieur, nous construisons

Nous non plus. Nous n’oublierons pas non plus, M. Trump, la manière dont vous nous avez traité de « lâches » et menacé de vous souvenir de notre refus d’entrer en guerre à vos côtés.

Nous ne l’oublierons pas car la fureur et la grossièreté auxquelles vous vous êtes abandonné là disent trop bien ce que nous sommes à vos yeux.

Nous ne sommes pas pour vous des alliés mais des supplétifs.

On se concerte avec ses alliés. On les consulte au moins. On les avertit au minimum de décisions qui auront pour eux de lourdes conséquences mais c’est devant un fait accompli que vous nous avez mis. D’une heure à l’autre, nous avons dû, nous les Européens, nous porter à l’aide de Chypre, Etat membre de l’Union. A nous Français, c’est dans l’instant qu’il nous a fallu organiser la défense de ceux des pays du Golfe avec lesquels nous avons des accords de sécurité. Nos économies ont bientôt eu à souffrir de l’envolée des cours du pétrole mais vous ne vous êtes souvenus de notre existence que face à vos propres difficultés.

Parce que vous n’aviez pas prévu que le régime iranien puisse bloquer le Détroit d’Ormuz, c’est à nous l’Europe qu’il revenait soudain d’aller le rouvrir. Comment ? Avec quelle répartition des tâches ? Dans quel but ultime ? Vous n’en avez rien dit et sans doute n’en saviez-vous rien. C’était un ordre, point à la ligne, sans qu’il soit question de concertation politique ni même d’une réunion d’états-majors. Nous devions obéir mais l’Europe n’est pas un régiment qu’on siffle.

Notre réponse fut donc « non », un « non » fondateur parce tous les Européens avaient osé le prononcer, même les plus atlantistes d’entre nous, même ceux qui avaient appartenu à l’URSS et partagent une frontière avec la Russie, un « non » spectaculaire parce que l’Union se démarquait unanimement de Washington, du jamais vu, sans que la terre ne s’entrouvre.

« Je n’oublierai pas », nous avez-vous dit dans un lourd sous-entendu sur l’avenir de l’Alliance atlantique mais vous feriez mieux de vous souvenir que même les Etats-Unis ont besoin d’alliés, que vous venez de l’éprouver et que des alliés doivent être traités en égaux et non pas en vassaux. Pensez-y car où vous mènerait-elle cette tentation de vous retirer de l’Alliance qui nous lie, Américains et Européens, depuis si longtemps ?

Ne pensez pas, même pas en rêve, que vous pourriez alors défaire l’Union européenne et vous partager l’Europe, votre ami Poutine et vous, en zones d’influence américaine et russe. Observez ce qu’il vient de se passer. Repensez à la détermination avec laquelle nous vous avions fait reculer lorsque vous ambitionniez d’annexer le Groënland.

La fin de l’Otan, Monsieur, ne ferait qu’accélérer la constitution d’une défense européenne et l’émergence d’une Europe politique, de cette puissance d’équilibre qu’il faut au siècle pour échapper au tête-à-tête sino-américain.

Nous nous y sommes attelés. C’est en cours mais ce que nous voulons aujourd’hui faire dans le cadre de l’Alliance atlantique en en faisant progressivement une alliance entre égaux, l’Europe et l’Amérique, nous le ferions alors seuls, hors de l’Otan que vous auriez tuée.

Ce n’est pas là notre souhait. Nous souhaitons tous, au contraire, renforcer notre alliance mais si vous optiez pour la solitude, ne doutez pas que nous sachions nous passer de vous. La pression russe nous y obligerait. En Asie comme ailleurs, nous trouverions vite de nouveaux alliés parmi ceux que vous avez déjà tant fait douter de l’Amérique et voyez les coalitions que nous esquissons pour l’Ukraine et le Proche-Orient d’après-guerre. Elles sont les alliances et la sécurité de demain car tandis que vous détruisez, nous construisons.

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