Car partout la roue tourne, une nouvelle gauche est en germe

Il n’y a pas qu’en Europe. L’Afrique, l’Inde et l’Amérique latine connaissent également des mouvements de contestation générationnels souvent plus importants que ceux d’Italie, de Grèce, de Belgique, du Portugal et même de France, de Serbie ou d’Albanie.

Une si grande partie de la planète est touchée qu’on ne peut déjà plus parler d’une simple concomitance. On n’en est certes pas au milieu des sixties, lorsque toute la jeunesse du monde, d’Est en Ouest et d’Orient en Occident, avait entrepris de renverser l’ordre établi, mais il suffirait que d’autres pays bougent, les États-Unis peut-être, voire la Chine, pour que le parallèle s’impose.

Dans les années soixante, c’est tout l’ordre d’après-guerre qui était rejeté, ce monde coupé en deux où les jeunes Américains étaient envoyés mourir au Vietnam tandis que l’Europe centrale étouffait sous le joug russe, où les deux blocs se partageaient le « Tiers-monde » et où les mœurs et convenances restaient partout aussi puritaines qu’à la fin du XIXe.

Pas plus à l’Est qu’à l’Ouest, les baby-boomers ne voulaient plus rien de tout cela, ni de la soumission de la femme, ni de l’écrasement du Printemps de Prague, ni des dictatures militaires du backyard américain, ni du socialisme réel des vieillards de la Place Rouge.

Vingt-cinq ans plus tard, ils avaient gagné. C’en était fini du communisme et la révolution sexuelle avait largement changé le monde, mais une nouvelle génération fait aujourd’hui ses comptes et ne trouve rien de satisfaisant aux victoires de ses pères.

Faute d’une morale de la liberté qui reste à concevoir, elle souffre de l’absence de règles de vie auxquelles se conformer et n’a pas grands moyens de se défendre face à l’arrogance et la brutalité de l’argent qui ne craint plus rien depuis qu’il n’a plus peur du communisme.

Parce qu’il croit n’avoir plus à se soucier de négocier de compromis avec le travail, le capital fait systématiquement prévaloir les intérêts des actionnaires sur ceux des salariés et généralise la précarité. Les inégalités redeviennent abyssales. La corruption s’enracine et les spectres de la guerre et du changement climatique nourrissent l’angoisse existentielle d’une génération qui vit le recul de la fonction redistributrice de l’État et des services publics de l’éducation et de la santé.

Chaque continent a son histoire et chaque pays ses particularités, mais partout où bougent les nouvelles générations, on retrouve soit l’exigence d’un enseignement de qualité, soit la dénonciation de la corruption, soit le rejet de forces politiques usées, soit encore un cocktail de plusieurs de ces raisons.

C’est vrai du Sénégal au Chili, de l’Inde à l’Albanie, de la France au Kenya et cette génération – contrairement aux éternels casseurs – veut avant tout l’ordre, la loi, des solutions crédibles à ses difficultés et cherche même à retrouver des règles de vie dans un néo-puritanisme montant.

Rien ne ressemble ainsi moins aux baby-boomers que leur descendance. Les uns flirtaient avec l’anarchie car c’est au nom de la liberté individuelle qu’ils contestaient l’État et les règles établies. Les autres aspirent au contraire à restaurer des règles communes et la puissance perdue des États car ils redécouvrent que la loi est l’arme des plus faibles puisqu’elle tempère le droit du plus fort et s’impose à lui.

Sans même le réaliser, les baby-boomers et leur individualisme avaient ouvert la voie au grand retour d’Adam Smith. Promoteurs de nouveaux courants politiques en Inde, en Serbie, en Albanie et bientôt ailleurs, leurs petits-enfants sont, eux, des sociaux-démocrates qui s’ignorent, pas plus hostiles à l’économie de marché que ne l’était Keynes et bien loin des rêves de grand soir. Ce à quoi ils aspirent n’est pas la révolution mais un nouveau réformisme, un retour à l’État arbitre et aux compromis entre capital et travail, à ce qui avait fait le New Deal et le modèle social européen.

Car partout la roue tourne, une nouvelle gauche est en germe.

Car partout la roue tourne, une nouvelle gauche est en germe

Il n’y a pas qu’en Europe. L’Afrique, l’Inde et l’Amérique latine connaissent également des mouvements de contestation générationnels souvent plus importants que ceux d’Italie, de Grèce, de Belgique, du Portugal et même de France, de Serbie ou d’Albanie.

Une si grande partie de la planète est touchée qu’on ne peut déjà plus parler d’une simple concomitance. On n’en est certes pas au milieu des sixties, lorsque toute la jeunesse du monde, d’Est en Ouest et d’Orient en Occident, avait entrepris de renverser l’ordre établi, mais il suffirait que d’autres pays bougent, les États-Unis peut-être, voire la Chine, pour que le parallèle s’impose.

Dans les années soixante, c’est tout l’ordre d’après-guerre qui était rejeté, ce monde coupé en deux où les jeunes Américains étaient envoyés mourir au Vietnam tandis que l’Europe centrale étouffait sous le joug russe, où les deux blocs se partageaient le « Tiers-monde » et où les mœurs et convenances restaient partout aussi puritaines qu’à la fin du XIXe.

Pas plus à l’Est qu’à l’Ouest, les baby-boomers ne voulaient plus rien de tout cela, ni de la soumission de la femme, ni de l’écrasement du Printemps de Prague, ni des dictatures militaires du backyard américain, ni du socialisme réel des vieillards de la Place Rouge.

Vingt-cinq ans plus tard, ils avaient gagné. C’en était fini du communisme et la révolution sexuelle avait largement changé le monde, mais une nouvelle génération fait aujourd’hui ses comptes et ne trouve rien de satisfaisant aux victoires de ses pères.

Faute d’une morale de la liberté qui reste à concevoir, elle souffre de l’absence de règles de vie auxquelles se conformer et n’a pas grands moyens de se défendre face à l’arrogance et la brutalité de l’argent qui ne craint plus rien depuis qu’il n’a plus peur du communisme.

Parce qu’il croit n’avoir plus à se soucier de négocier de compromis avec le travail, le capital fait systématiquement prévaloir les intérêts des actionnaires sur ceux des salariés et généralise la précarité. Les inégalités redeviennent abyssales. La corruption s’enracine et les spectres de la guerre et du changement climatique nourrissent l’angoisse existentielle d’une génération qui vit le recul de la fonction redistributrice de l’État et des services publics de l’éducation et de la santé.

Chaque continent a son histoire et chaque pays ses particularités, mais partout où bougent les nouvelles générations, on retrouve soit l’exigence d’un enseignement de qualité, soit la dénonciation de la corruption, soit le rejet de forces politiques usées, soit encore un cocktail de plusieurs de ces raisons.

C’est vrai du Sénégal au Chili, de l’Inde à l’Albanie, de la France au Kenya et cette génération – contrairement aux éternels casseurs – veut avant tout l’ordre, la loi, des solutions crédibles à ses difficultés et cherche même à retrouver des règles de vie dans un néo-puritanisme montant.

Rien ne ressemble ainsi moins aux baby-boomers que leur descendance. Les uns flirtaient avec l’anarchie car c’est au nom de la liberté individuelle qu’ils contestaient l’État et les règles établies. Les autres aspirent au contraire à restaurer des règles communes et la puissance perdue des États car ils redécouvrent que la loi est l’arme des plus faibles puisqu’elle tempère le droit du plus fort et s’impose à lui.

Sans même le réaliser, les baby-boomers et leur individualisme avaient ouvert la voie au grand retour d’Adam Smith. Promoteurs de nouveaux courants politiques en Inde, en Serbie, en Albanie et bientôt ailleurs, leurs petits-enfants sont, eux, des sociaux-démocrates qui s’ignorent, pas plus hostiles à l’économie de marché que ne l’était Keynes et bien loin des rêves de grand soir. Ce à quoi ils aspirent n’est pas la révolution mais un nouveau réformisme, un retour à l’État arbitre et aux compromis entre capital et travail, à ce qui avait fait le New Deal et le modèle social européen.

Car partout la roue tourne, une nouvelle gauche est en germe.