Le plus sombre des deux scénarios, on le connaît. Poutine continue d’écraser les villes et infrastructures ukrainiennes sous ses bombes. L’hiver qui vient, l’absence de chauffage, les coupures d’eau, de gaz et d’électricité, l’enfer en un mot qui attend maintenant les Ukrainiens finit par avoir raison de leur détermination.
C’est d’autant moins impossible qu’ils n’ont plus rien pour se protéger des frappes russes, que leur économie peut s’effondrer sous les décombres des usines, qu’il n’est nullement exclu que Donald Trump veuille en finir avec ce peuple qui contrarie son désir d’entente avec la Russie et qu’il fasse donc en sorte que le renseignement américain ne soit jamais pleinement rétabli.
Parallèlement, le Rassemblement national pourrait prendre les commandes de la France quelques mois après une avancée de l’extrême-droite en Espagne. Les forces démocratiques pourraient ensuite reculer dans d’autres pays de l’Union. Il n’y aurait alors plus d’unité européenne, notamment pas sur le soutien à l’Ukraine, et Trump pourrait avoir réussi, dans moins d’un an, à défaire l’Union tandis que vainqueur à Kiev, Poutine se préparerait à de nouvelles conquêtes.
Ce scénario-là, celui d’un partage de l’Europe en zones d’influence russe et américaine, ce cauchemar n’a rien d’inenvisageable. La Maison-Blanche et le Kremlin y œuvrent de concert. Les extrêmes-droites européennes y prêtent la main en voulant défaire l’Union et désarmer l’Ukraine mais rien n’est pourtant joué.
Au soir du 3 novembre, les électeurs américains auront désavoué leur président en le privant de sa majorité à la Chambre et peut-être même au Sénat. Ce n’est pas écrit mais probable parce que les barrières douanières et la guerre d’Iran ont augmenté les prix au supermarché et surtout à la pompe. Agriculteurs ou routiers, des professions entières sont sinistrées et la popularité de Donald Trump ne cesse de reculer.
Sous deux semaines, il sera devenu un sortant, trop âgé pour se représenter, usé et décrédibilisé auprès d’élus républicains qui ont déjà plus intérêt à se distancer de lui qu’à rechercher son soutien. Sans doute fera-t-il tout pour garder la main, fût-ce en violant les lois et la Constitution. On l’avait vu au terme de son premier mandat mais il ne ferait alors que s’isoler un peu plus, affaiblir les Etats-Unis et rendre toujours plus malaisée la poursuite de sa trahison de l’Ukraine.
Donald Trump est virtuellement dos au mur. Il ne pourra pas longtemps continuer à ouvertement appuyer Vladimir Poutine alors même qu’il n’ose pas même avouer qu’il a bel et bien ordonné de priver les Ukrainiens du renseignement américain et que c’est à cause de lui qu’ils meurent sans avoir eu le temps de se rendre aux abris.
A moins que l’Ukraine n’en vienne à préférer une reddition à la poursuite de son calvaire, ce président de la honte devra changer de pied.
Il y a un second scénario possible, parfaitement crédible parce qu’il faut beaucoup de temps pour qu’un pilonnage fasse céder un peuple, que l’épreuve soude au contraire les nations et que Trump et Poutine doivent compter avec les Européens.
Ils n’ont pas de boucliers anti-missiles à offrir à l’Ukraine et tous ou presque traversent de mauvaises passes économiques et budgétaires. L’Europe n’est pas le Superman qui pourrait sauver l’Ukraine du jour au lendemain mais les 27 viennent d’unanimement lui réaffirmer un soutien qui les honore autant que Trump déshonore l’Amérique. Ce seul contraste a un poids et les Européens se sont engagés à trouver à l’Ukraine de nouveaux moyens financiers.
Sous deux mois, l’Union européenne pourrait autrement dit se résoudre à verser à l’Ukraine les quelque 200 milliards d’avoirs russes gelés en Belgique. C’est ensemble que l’Ukraine et l’Union vont parallèlement développer de nouveaux moyens militaires. Les 27 vont aider les Ukrainiens à tenir le temps que les frappes du Kremlin aient échoué à les briser et que Trump ait dû rompre avec l’innommable.
Non, l’Ukraine n’est pas morte.
