C’est à vous donner envie de sauter dans l’avion pour Londres et d’y lancer un appel, sans même attendre le 18 juin. Façon de parler, bien sûr, et je n’irai pas jusqu’à citer De Gaulle. « Le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? », demandait-il avant de répondre catégoriquement « Non ! » mais que la France est aujourd’hui navrante, consternante, désespérante.
On la dit « maillon faible de l’Union », « homme malade de l’Europe » à cause de ses milliers de milliards de dette mais le plus grave n’est pas là. Une dette, ça se résorbe, surtout avec un niveau d’épargne aussi élevé, mais il y faut des dirigeants visionnaires et un désir de rebond national, une intelligence et une volonté politiques qui font aujourd’hui défaut aux Français.
Si insensé que cela soit, nous n’avons pas été loin de porter à la présidence de la République un incapable qu’une large part de la jeunesse trouvait cool sur Tik Tok et dont l’amour de l’argent rassurait tant de possédants. Maintenant qu’il s’est avéré assez stupide pour avoir cru que « tous les banquiers » étaient juifs, il ne devrait plus même devenir Premier ministre mais qui reste malgré tout en tête des sondages ?
Celle qui avait été assez aveugle ou complice pour l’avoir inventé et promu, celle-là même, Mme Le Pen, qui a si longtemps donné en exemples le Brexit, Donald Trump et Vladimir Poutine. Et qui recueille, derrière elle, le plus d’intentions de vote ?
Mélenchon, l’homme qui propose d’annuler la dette de la France, de la « brûler» a-t-il d’abord dit, et dont le parti encourage la grève de lycéens exaspérés par le délabrement de l’Education nationale alors même qu’il n’y a pas un sou à leur offrir sauf à augmenter encore la dette qu’ils auront à rembourser. Quant aux autres, au centre, à gauche, à droite, ils s’empaillent si bien que même les meilleurs d’entre eux ne parviennent pas à se détacher du lot.
La France menace aujourd’hui de partir à vau-l’eau car ses forces politiques ne savent pas se réinventer dans un monde où rien n’a plus rien à voir avec le siècle passé.
La gauche s’obstine à défendre les avantages acquis alors que la durée de vie s’est considérablement allongée, que les métiers les plus pénibles ne sont plus les mêmes ou que le bac ne peut plus automatiquement ouvrir les portes de l’Université dès lors qu’il n’est plus qu’un certificat de fin d’études secondaires.
Si la gauche veut assurer le financement de la retraite par répartition, elle doit accepter qu’on travaille plus longtemps. Si elle veut que l’enseignement reste gratuit et de qualité, elle devrait être la première à rétablir des examens d’entrée au lycée et à l’Université. Si elle veut faire accepter une plus forte imposition des plus grandes fortunes, des entreprises et des plus aisés, elle doit fiscaliser les cotisations sociales afin de réduire le coût du travail et d’augmenter les salaires nets, diminuer les dépenses de fonctionnement de l’Etat et repenser l’ensemble de la protection sociale pour en redéfinir les objectifs et en réduire le prix.
La droite, elle, devrait cesser de prôner une constante réduction de la fiscalité sur les bénéfices, les patrimoines et les successions ou bien ouvertement répudier la protection sociale et la redistribution des richesses. Ce choix s’offre à elle mais, en passant du modèle européen au modèle américain, elle achèverait de perdre sa base populaire au profit de l’extrême-droite. Elle en viendrait à se suicider alors qu’elle pourrait au contraire renaître de ses cendres en proposant aux syndicats la négociation d’un nouveau contrat social permettant de libérer l’initiative des contraintes administratives et, parallèlement, de développer et moderniser les services publics.
Il ne s’agit plus de se rassurer en constatant que cela ne va pas mieux en Allemagne et que c’est bien pire presque partout ailleurs. La France, sa gauche, sa droite et son centre doivent se réinventer avant de se perdre ensemble.