La résistible ascension de Mme Le Pen

Les droites qui gouvernent la Suède avec le soutien de l’extrême-droite pourraient être battues dimanche. Tout n’est, autrement dit, pas noir, mais pourrions-nous oublier pour autant le triomphe que l’extrême-droite allemande vient de remporter en Saxe-Anhalt, la montée d’une nouvelle extrême-droite italienne ouvertement favorable à Vladimir Poutine, l’enracinement d’un nationalisme xénophobe en Grande-Bretagne, et les sondages qui tous donnent Mme Le Pen élue le 2 mai par les Français ?

La gauche a partout perdu sa domination culturelle de l’Après-guerre. Le monde pense à droite, mais, comme les Britanniques il y a deux ans, les Suédois pourraient bientôt nous rappeler que les centres et les gauches peuvent remporter des élections dans un monde de droite, comme la droite en remportait hier dans un monde de gauche.

Mme Le Pen ne l’emporterait au second tour que faute d’un candidat pouvant rassembler les deux tiers des Français qui ne se reconnaissent pas en elle. Son ascension n’a rien d’irrésistible, puisqu’elle serait automatiquement battue si cette majorité, apparemment si diverse et aujourd’hui si fracturée, pouvait prendre conscience de ses si profondes convergences.

Après l’été des canicules et de la tragédie népalaise, il n’y a plus qu’une petite minorité de Français pour ne pas croire à la réalité du changement climatique, et continuer, comme l’extrême-droite, à refuser les mesures de fond qu’il impose.

Une écrasante majorité de Français sait que Donald Trump veut détruire notre économie et nous vassaliser, comme il tente de le faire avec le Canada, qu’il est notre adversaire et que c’est sur l’extrême-droite – il le dit lui-même – qu’il veut s’appuyer en France et dans toute l’Europe.

Les sabotages auxquels se livrent les services russes en France et dans toute l’Europe, ont considérablement réduit les sympathies dont bénéficiait Vladimir Poutine. C’est si vrai que Mme Le Pen et ses amis font tout pour faire oublier qu’ils l’ont tout autant aimé que Donald Trump.

À peu près plus personne en France n’ignore plus que nos industries pourraient ne pas survivre au dumping chinois, et les Français sont très majoritairement conscients que nous ne pourrons relever ce défi qu’en faisant front avec nos partenaires européens, en renforçant donc et non pas en affaiblissant l’unité de l’Union.

Et puis, d’un bout à l’autre de l’échiquier politique, les Français voient bien que l’incompétence américaine ne fait qu’aggraver les conflits du Proche-Orient et que nous devons tout faire, avec les autres Européens, pour les contenir avant qu’ils ne nous déstabilisent plus encore.

Sur les cinq plus grands dangers auxquels nous avons à faire face, non seulement les gauches et les centres convergent totalement, mais nombre des électeurs de l’extrême-droite et de la gauche dite « insoumise » les rejoignent en tout ou partie. Mme Le Pen n’est pas majoritaire, mais comment faire apparaître et réunir, dira-t-on, ce qui est la vraie majorité des Français ?

Deux conditions y suffiraient.

La première serait d’admettre et dire qu’il n’y a pas plus de différences entre les gauches et les centres qu’il y en a toujours eu au sein des partis de gauche et de centre-droit. Gauches et centres forment aujourd’hui ce qui devrait être une fédération, ou un grand parti démocrate, dont l’affirmation mettrait en minorité l’extrême-droite nationaliste, section française de l’internationale réactionnaire.

Il faudrait, en deuxième lieu, fonder cette unité des démocrates sur l’officialisation, par la gauche, de son abandon des grands mythes révolutionnaires, et sur l’absolu rejet, par les centres, du retour à l’argent roi et à la violence des inégalités entre mal-nés et bien-nés.

Celle ou celui qui se présenterait alors, au nom des démocrates, pour mobiliser la France contre les cinq menaces pesant sur elle, l’emporterait à coup sûr. L’ascension de Mme Le Pen est totalement résistible, mais il ne reste que huit mois pour le prouver.

Polski

La résistible ascension de Mme Le Pen

Les droites qui gouvernent la Suède avec le soutien de l’extrême-droite pourraient être battues dimanche. Tout n’est, autrement dit, pas noir, mais pourrions-nous oublier pour autant le triomphe que l’extrême-droite allemande vient de remporter en Saxe-Anhalt, la montée d’une nouvelle extrême-droite italienne ouvertement favorable à Vladimir Poutine, l’enracinement d’un nationalisme xénophobe en Grande-Bretagne, et les sondages qui tous donnent Mme Le Pen élue le 2 mai par les Français ?

La gauche a partout perdu sa domination culturelle de l’Après-guerre. Le monde pense à droite, mais, comme les Britanniques il y a deux ans, les Suédois pourraient bientôt nous rappeler que les centres et les gauches peuvent remporter des élections dans un monde de droite, comme la droite en remportait hier dans un monde de gauche.

Mme Le Pen ne l’emporterait au second tour que faute d’un candidat pouvant rassembler les deux tiers des Français qui ne se reconnaissent pas en elle. Son ascension n’a rien d’irrésistible, puisqu’elle serait automatiquement battue si cette majorité, apparemment si diverse et aujourd’hui si fracturée, pouvait prendre conscience de ses si profondes convergences.

Après l’été des canicules et de la tragédie népalaise, il n’y a plus qu’une petite minorité de Français pour ne pas croire à la réalité du changement climatique, et continuer, comme l’extrême-droite, à refuser les mesures de fond qu’il impose.

Une écrasante majorité de Français sait que Donald Trump veut détruire notre économie et nous vassaliser, comme il tente de le faire avec le Canada, qu’il est notre adversaire et que c’est sur l’extrême-droite – il le dit lui-même – qu’il veut s’appuyer en France et dans toute l’Europe.

Les sabotages auxquels se livrent les services russes en France et dans toute l’Europe, ont considérablement réduit les sympathies dont bénéficiait Vladimir Poutine. C’est si vrai que Mme Le Pen et ses amis font tout pour faire oublier qu’ils l’ont tout autant aimé que Donald Trump.

À peu près plus personne en France n’ignore plus que nos industries pourraient ne pas survivre au dumping chinois, et les Français sont très majoritairement conscients que nous ne pourrons relever ce défi qu’en faisant front avec nos partenaires européens, en renforçant donc et non pas en affaiblissant l’unité de l’Union.

Et puis, d’un bout à l’autre de l’échiquier politique, les Français voient bien que l’incompétence américaine ne fait qu’aggraver les conflits du Proche-Orient et que nous devons tout faire, avec les autres Européens, pour les contenir avant qu’ils ne nous déstabilisent plus encore.

Sur les cinq plus grands dangers auxquels nous avons à faire face, non seulement les gauches et les centres convergent totalement, mais nombre des électeurs de l’extrême-droite et de la gauche dite « insoumise » les rejoignent en tout ou partie. Mme Le Pen n’est pas majoritaire, mais comment faire apparaître et réunir, dira-t-on, ce qui est la vraie majorité des Français ?

Deux conditions y suffiraient.

La première serait d’admettre et dire qu’il n’y a pas plus de différences entre les gauches et les centres qu’il y en a toujours eu au sein des partis de gauche et de centre-droit. Gauches et centres forment aujourd’hui ce qui devrait être une fédération, ou un grand parti démocrate, dont l’affirmation mettrait en minorité l’extrême-droite nationaliste, section française de l’internationale réactionnaire.

Il faudrait, en deuxième lieu, fonder cette unité des démocrates sur l’officialisation, par la gauche, de son abandon des grands mythes révolutionnaires, et sur l’absolu rejet, par les centres, du retour à l’argent roi et à la violence des inégalités entre mal-nés et bien-nés.

Celle ou celui qui se présenterait alors, au nom des démocrates, pour mobiliser la France contre les cinq menaces pesant sur elle, l’emporterait à coup sûr. L’ascension de Mme Le Pen est totalement résistible, mais il ne reste que huit mois pour le prouver.

Polski