La défaite hongroise de Donald Trump

Tribune publiée dans Libération le 13 avril 2026.

Le soulagement est immense mais tout reste à faire. Cette défaite de Viktor Orban a tout pour réjouir puisque la Hongrie peut aujourd’hui sortir d’une semi-dictature aussi admirée par Vladimir Poutine qu’applaudie par Donald Trump et les extrêmes-droites européennes qui en avaient fait un modèle à suivre.    

Les Hongrois en ont fini avec la sujétion de la Justice, la mainmise sur la presse et les Universités, le détournement des crédits européens et l’attribution systématique des commandes publiques à des proches du Premier ministre soudain devenus si riches.

Pour la Hongrie au moins, c’en est fini de « l’illibéralisme » que cet homme avait inventé en privant la démocratie de ses contre-pouvoirs.

C’en est fini des ministres renseignant le Kremlin dans l’heure sur les délibérations des dirigeants européens. C’en est fini de ce Premier ministre qui déclarait en octobre dernier à Vladimir Poutine : « Je suis à votre service » et bloquait le débours des 90 milliards d’euros que l’Union avait pourtant décidé en décembre dernier, à l’unanimité et donc avec sa voix, de prêter à l’Ukraine.

Oui, c’en est enfin fini des seize années de pouvoir ininterrompu de l’enfant chéri de Donald Trump et de Vladimir Poutine mais comment oublier que les raisons qui avaient fait le succès de Viktor Orban restent profondes et partout porteuses du nationalisme et du rejet de la démocratie libérale ?

En Hongrie comme dans tous les pays de l’ancien bloc soviétique, c’est la brutalité du passage à l’économie de marché qui avait permis la résurgence de l’extrême-droite. Sorties d’un système qui leur interdisait le bien-être et la liberté mais leur assurait une complète stabilité socio-politique, les populations de l’URSS et de l’Europe centrale avaient dû faire face, du jour au lendemain, au chômage, à l’envolée des prix et à un spectaculaire développement des inégalités sociales.

Tandis que les jeunes urbains s’épanouissaient dans le changement, les ruraux et les plus fragiles avaient cherché refuge dans les traditions et les frontières nationales. Unité européenne et ouverture à la compétition internationale contre peur de l’étranger et exaltation de la nation, deux grands courants antagonistes se sont ainsi formés dans ces pays tandis que l’ancien monde libre connaissait une évolution très semblable.

En Europe occidentale comme aux Etats-Unis, c’est la réduction de l’emploi industriel par la concurrence des pays à bas coûts de production, le recul des services publics et la progression de l’immigration qui ont suscité cette même peur du monde extérieur et cette même nostalgie de passés mythifiés. Un même malaise masculin devant l’évolution de la place des femmes s’est partout ajouté à cela et c’est ainsi que l’illibéralisme de Viktor Orban était devenu l’avant-garde d’une internationale réactionnaire alliant la Maison-Blanche et le Kremlin.

L’ampleur de la corruption et l’usure du pouvoir ont fini par avoir raison de l’extrême-droite en Hongrie mais elle progresse en Allemagne et s’enracine en France, en Grande-Bretagne et en Autriche. Elle restera durablement incontournable et les démocrates ne pourront l’endiguer qu’à deux conditions.

La première est de réinventer la promesse sociale que la démocratie avait su incarner de la fin de la Guerre aux années 80. Le monde libre, ce n’était alors pas seulement la liberté mais aussi la constante progression des classes moyennes et du niveau de vie.

Tant que la liberté ne redeviendra pas synonyme de progrès et d’équité, ce droit « à la recherche du bonheur » qu’a sacralisé la Constitution américaine restera le grand atout, mensonger mais si puissant, des nouvelles extrêmes-droites.

La partie reste longue. Elle est et demeurera incertaine et les démocrates ne la gagneront pas sans que centristes et sociaux-démocrates ne convergent dans une bataille commune pour la justice et la liberté. Ce n’est qu’à cette seconde condition que l’internationale réactionnaire connaitra d’autres défaites.

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La défaite hongroise de Donald Trump

Tribune publiée dans Libération le 13 avril 2026.

Le soulagement est immense mais tout reste à faire. Cette défaite de Viktor Orban a tout pour réjouir puisque la Hongrie peut aujourd’hui sortir d’une semi-dictature aussi admirée par Vladimir Poutine qu’applaudie par Donald Trump et les extrêmes-droites européennes qui en avaient fait un modèle à suivre.    

Les Hongrois en ont fini avec la sujétion de la Justice, la mainmise sur la presse et les Universités, le détournement des crédits européens et l’attribution systématique des commandes publiques à des proches du Premier ministre soudain devenus si riches.

Pour la Hongrie au moins, c’en est fini de « l’illibéralisme » que cet homme avait inventé en privant la démocratie de ses contre-pouvoirs.

C’en est fini des ministres renseignant le Kremlin dans l’heure sur les délibérations des dirigeants européens. C’en est fini de ce Premier ministre qui déclarait en octobre dernier à Vladimir Poutine : « Je suis à votre service » et bloquait le débours des 90 milliards d’euros que l’Union avait pourtant décidé en décembre dernier, à l’unanimité et donc avec sa voix, de prêter à l’Ukraine.

Oui, c’en est enfin fini des seize années de pouvoir ininterrompu de l’enfant chéri de Donald Trump et de Vladimir Poutine mais comment oublier que les raisons qui avaient fait le succès de Viktor Orban restent profondes et partout porteuses du nationalisme et du rejet de la démocratie libérale ?

En Hongrie comme dans tous les pays de l’ancien bloc soviétique, c’est la brutalité du passage à l’économie de marché qui avait permis la résurgence de l’extrême-droite. Sorties d’un système qui leur interdisait le bien-être et la liberté mais leur assurait une complète stabilité socio-politique, les populations de l’URSS et de l’Europe centrale avaient dû faire face, du jour au lendemain, au chômage, à l’envolée des prix et à un spectaculaire développement des inégalités sociales.

Tandis que les jeunes urbains s’épanouissaient dans le changement, les ruraux et les plus fragiles avaient cherché refuge dans les traditions et les frontières nationales. Unité européenne et ouverture à la compétition internationale contre peur de l’étranger et exaltation de la nation, deux grands courants antagonistes se sont ainsi formés dans ces pays tandis que l’ancien monde libre connaissait une évolution très semblable.

En Europe occidentale comme aux Etats-Unis, c’est la réduction de l’emploi industriel par la concurrence des pays à bas coûts de production, le recul des services publics et la progression de l’immigration qui ont suscité cette même peur du monde extérieur et cette même nostalgie de passés mythifiés. Un même malaise masculin devant l’évolution de la place des femmes s’est partout ajouté à cela et c’est ainsi que l’illibéralisme de Viktor Orban était devenu l’avant-garde d’une internationale réactionnaire alliant la Maison-Blanche et le Kremlin.

L’ampleur de la corruption et l’usure du pouvoir ont fini par avoir raison de l’extrême-droite en Hongrie mais elle progresse en Allemagne et s’enracine en France, en Grande-Bretagne et en Autriche. Elle restera durablement incontournable et les démocrates ne pourront l’endiguer qu’à deux conditions.

La première est de réinventer la promesse sociale que la démocratie avait su incarner de la fin de la Guerre aux années 80. Le monde libre, ce n’était alors pas seulement la liberté mais aussi la constante progression des classes moyennes et du niveau de vie.

Tant que la liberté ne redeviendra pas synonyme de progrès et d’équité, ce droit « à la recherche du bonheur » qu’a sacralisé la Constitution américaine restera le grand atout, mensonger mais si puissant, des nouvelles extrêmes-droites.

La partie reste longue. Elle est et demeurera incertaine et les démocrates ne la gagneront pas sans que centristes et sociaux-démocrates ne convergent dans une bataille commune pour la justice et la liberté. Ce n’est qu’à cette seconde condition que l’internationale réactionnaire connaitra d’autres défaites.

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