Avant que les cours du pétrole n’atteignent de nouveaux sommets et que les sondages ne lui prédisent la perte des deux Chambres aux élections de novembre, Donald Trump peut encore vouloir sauver les meubles.
Il peut décréter sa victoire et replier ses troupes mais que se passerait-il ensuite au Proche-Orient ?
Côté iranien, les plus durs du régime en concluraient que l’intransigeance les a pour longtemps mis à l’abri d’une nouvelle intervention étrangère. Ils marginaliseraient les modérés, durciraient encore la répression et multiplieraient les exécutions capitales afin d’éliminer plusieurs générations d’opposants. Soutenu par la Chine et la Russie, l’Iran deviendrait une autre Corée du Nord et la priorité de ses dirigeants serait de se doter de la bombe pour décourager tout défi extérieur.
Non seulement les Iraniens s’enfonceraient dans la nuit mais, sur l’autre rive du Golfe, l’Arabie saoudite ne resterait pas passive. Face à une puissance chiite hostile et virtuellement nucléaire, elle se doterait aussi de la bombe. La Turquie ne tarderait pas à en faire autant et, compte tenu de la force de frappe israélienne, la région la plus explosive du monde compterait vite quatre puissances dotées.
Les plus confiants diront qu’un tel niveau de dissuasion interdirait toute nouvelle guerre au Proche-Orient. D’autres craindront que ce ne soit la fin de la non-prolifération et la promesse d’une apocalypse en Terre Sainte mais en tout état de cause, l’unité territoriale de l’Iran serait mise en question par le durcissement du régime.
Kurdes en tête, les minorités ethniques et religieuses, près de la moitié de la population, supporteront mal que le pouvoir central tente de leur serrer plus encore la vis. Ces populations des régions frontalières se diront que les difficultés des durs à tout à la fois combattre l’inflation, museler le pays et garnir les étals leur offrent l’occasion d’obtenir leur autonomie, voire leur indépendance.
L’Arabie saoudite, les Emirats et Israël soutiendraient ces mouvements centrifuges. Par crainte pour leur propre unité, la Turquie, l’Iraq et la Syrie les combattraient et tout laisse ainsi penser que même en criant victoire et sonnant le repli, Donald Trump ne pourra plus endiguer le chaos régional qu’il a précipité.
L’Amérique n’a plus le choix. Maintenant qu’elle a entamé cette guerre, il lui faut tenter de créer les conditions d’une stabilisation de l’Iran et, partant, de tout le Proche-Orient.
Cela n’impliquerait pas d’envoyer des troupes au sol mais de commencer à raisonner en termes politiques. Cela ne demanderait pas de s’essouffler plus encore mais de proposer à un régime dont les stocks d’armes ne sont pas inépuisables un cessez-le-feu fondé sur la libération des opposants emprisonnés, le retour des exilés qui le souhaiteraient, l’élection d’une Assemblée constituante et une amnistie générale sur le modèle sud-africain.
Tant que la théocratie n’aurait pas accepté cette proposition, l’Amérique poursuivrait la destruction des capacités militaires et répressives du pouvoir tout en préservant les infrastructures civiles, pétrolières et gazières de l’Iran.
L’Amérique mettrait ainsi la pression militaire au service d’un objectif clair et nécessaire : donner aux Iraniens la possibilité de choisir leur destin en soumettant ce pouvoir au verdict de la liberté.
Si l’Amérique faisait cela, elle favoriserait une convergence entre les aspirations démocratiques de l’écrasante majorité de la population, le pragmatisme des figures les plus modérées du régime, les différents courants de la diaspora et le souhait des minorités de voir reconnaître leur identité cultuelle et culturelle. La donne en serait changée et elle le serait pour tout le Proche-Orient si l’Amérique exigeait parallèlement qu’Israël en revienne à la solution à deux Etats.
Donald Trump et ses amis n’en sont évidemment pas là mais qui sait ? La nécessité finit souvent par faire loi et, en attendant, rien n’interdirait à l’Union européenne de poser les premier jalons de cette sortie de crise.
