Rien n’est plus dangereux qu’un Trump acculé

Les uns en concluront que la Cour suprême vient de démontrer la solidité de la démocratie américaine et de ses contre-pouvoirs. Il n’y avait aucune raison, diront-ils, de désespérer des Etats-Unis et il y en aurait encore moins d’enterrer l’Alliance atlantique puisqu’on voit bien là que Trump n’aura finalement été qu’un parenthèse qui se referme.

On peut d’autant moins leur donner tort que ce président multipliait les revers avant même que la Cour n’ait arrêté qu’il avait outrepassé ses pouvoirs car les droits de douane constituent un impôt que seul le Congrès était habilité à lever. Il y avait plusieurs mois déjà que l’inflation nourrissait un mécontentement social. La sauvagerie de la chasse aux immigrés choquait jusque dans les rangs trumpistes. Les dossiers Epstein n’arrangent rien et puis il y a ces échecs à l’international, Ukraine, Groënland et maintenant Iran où ce président doit choisir entre l’impopularité d’une intervention et l’humiliation d’un recul.

En baisse dans les sondages et désormais désavoué par les gardiens de la Constitution, Donald Trump est de fait parti pour perdre, en novembre prochain, les élections de mi-mandat mais on peut tout aussi bien considérer que son affaiblissement est porteur de sérieux dangers.

« Une disgrâce ! », a-t-il lancé en apprenant la décision de la Cour. « Ridicule », « profondément décevant », a-t-il ajouté avant d’aller jusqu’à accuser la plus haute instance judiciaire de son pays d’avoir été « influencée par des intérêts étrangers » qui détiendraient sur elle une « énorme influence ».

Les Etats-Unis et le monde se sont tellement habitués aux écarts de langage de Donald Trump que ces mots n’ont pas été vraiment relevés mais ils ont pourtant un sens. Si la Cour est sous influence étrangère, non seulement ses arrêts ne peuvent plus dire le droit mais ses membres sont coupables de haute trahison. J.D. Vance n’a d’ailleurs pas hésité à qualifier l’arrêt « d’illégal » et le président et son vice-président ont ainsi tous deux disqualifié la Cour suprême.

Peut-être en resteront-ils là mais il n’y a plus qu’un pas à faire avant la suspension de la Constitution. On a peine à imaginer que les Etats-Unis puissent en arriver là. On ne veut pas même l’envisager mais à son retour à la Maison-Blanche, l’un des tout premiers gestes de Donald Trump avait été de gracier les émeutiers qui avaient pris d’assaut le Congrès en 2021. Il n’aurait pas pu mieux dire qu’il ne désavouait pas les auteurs de cette tentative de coup d’Etat ; regrettait seulement qu’elle ait échoué et ne se laisserait pas facilement déposséder d’un pouvoir exécutif qu’il veut absolu.

Pour conserver les presque pleins pouvoirs que des élus républicains vassalisés lui accordent aujourd’hui, cet homme n’hésiterait pas à susciter des tensions intérieures ouvrant la voie à des formes d’état d’urgence ou même à créer une crise internationale lui permettant d’appeler au ralliement autour du drapeau. Avant que les démocrates ne se soient enhardis et que les dissidences ne se soient multipliées dans les rangs républicains, il fera tout pour reprendre la main et non pas seulement maintenir ses droits de douane.

Cette seule possibilité nous oblige donc, nous les Européens, à accélérer sur la voie de la Défense commune afin de montrer à ce président, à Vladimir Poutine et au reste du monde que nous sommes déterminés à faire face à une rupture de l’Alliance atlantique et à toute agression, d’où qu’elle vienne.

Si Donald Trump et ses amis ne choisissent pas l’aventure nous aurons alors entamé la construction du pilier européen d’une Alliance que nous souhaiterions préserver. Si par malheur cet homme précipitait les Etats-Unis dans le chaos et déstabilisait plus encore le monde, nous aurions au moins formé nos rangs.

Photo : Trump White House Archived

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Rien n’est plus dangereux qu’un Trump acculé

Les uns en concluront que la Cour suprême vient de démontrer la solidité de la démocratie américaine et de ses contre-pouvoirs. Il n’y avait aucune raison, diront-ils, de désespérer des Etats-Unis et il y en aurait encore moins d’enterrer l’Alliance atlantique puisqu’on voit bien là que Trump n’aura finalement été qu’un parenthèse qui se referme.

On peut d’autant moins leur donner tort que ce président multipliait les revers avant même que la Cour n’ait arrêté qu’il avait outrepassé ses pouvoirs car les droits de douane constituent un impôt que seul le Congrès était habilité à lever. Il y avait plusieurs mois déjà que l’inflation nourrissait un mécontentement social. La sauvagerie de la chasse aux immigrés choquait jusque dans les rangs trumpistes. Les dossiers Epstein n’arrangent rien et puis il y a ces échecs à l’international, Ukraine, Groënland et maintenant Iran où ce président doit choisir entre l’impopularité d’une intervention et l’humiliation d’un recul.

En baisse dans les sondages et désormais désavoué par les gardiens de la Constitution, Donald Trump est de fait parti pour perdre, en novembre prochain, les élections de mi-mandat mais on peut tout aussi bien considérer que son affaiblissement est porteur de sérieux dangers.

« Une disgrâce ! », a-t-il lancé en apprenant la décision de la Cour. « Ridicule », « profondément décevant », a-t-il ajouté avant d’aller jusqu’à accuser la plus haute instance judiciaire de son pays d’avoir été « influencée par des intérêts étrangers » qui détiendraient sur elle une « énorme influence ».

Les Etats-Unis et le monde se sont tellement habitués aux écarts de langage de Donald Trump que ces mots n’ont pas été vraiment relevés mais ils ont pourtant un sens. Si la Cour est sous influence étrangère, non seulement ses arrêts ne peuvent plus dire le droit mais ses membres sont coupables de haute trahison. J.D. Vance n’a d’ailleurs pas hésité à qualifier l’arrêt « d’illégal » et le président et son vice-président ont ainsi tous deux disqualifié la Cour suprême.

Peut-être en resteront-ils là mais il n’y a plus qu’un pas à faire avant la suspension de la Constitution. On a peine à imaginer que les Etats-Unis puissent en arriver là. On ne veut pas même l’envisager mais à son retour à la Maison-Blanche, l’un des tout premiers gestes de Donald Trump avait été de gracier les émeutiers qui avaient pris d’assaut le Congrès en 2021. Il n’aurait pas pu mieux dire qu’il ne désavouait pas les auteurs de cette tentative de coup d’Etat ; regrettait seulement qu’elle ait échoué et ne se laisserait pas facilement déposséder d’un pouvoir exécutif qu’il veut absolu.

Pour conserver les presque pleins pouvoirs que des élus républicains vassalisés lui accordent aujourd’hui, cet homme n’hésiterait pas à susciter des tensions intérieures ouvrant la voie à des formes d’état d’urgence ou même à créer une crise internationale lui permettant d’appeler au ralliement autour du drapeau. Avant que les démocrates ne se soient enhardis et que les dissidences ne se soient multipliées dans les rangs républicains, il fera tout pour reprendre la main et non pas seulement maintenir ses droits de douane.

Cette seule possibilité nous oblige donc, nous les Européens, à accélérer sur la voie de la Défense commune afin de montrer à ce président, à Vladimir Poutine et au reste du monde que nous sommes déterminés à faire face à une rupture de l’Alliance atlantique et à toute agression, d’où qu’elle vienne.

Si Donald Trump et ses amis ne choisissent pas l’aventure nous aurons alors entamé la construction du pilier européen d’une Alliance que nous souhaiterions préserver. Si par malheur cet homme précipitait les Etats-Unis dans le chaos et déstabilisait plus encore le monde, nous aurions au moins formé nos rangs.

Photo : Trump White House Archived

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