La vraie place de l’Ukraine

Désolé, M. Zelenski, mais c’est non. On est malheureux d’avoir à vous le dire mais non, M. le Président, l’Ukraine ne pourra pas devenir du jour au lendemain membre à part entière de l’Union.

On comprend bien que vous veniez de refuser toute idée d’étapes ou d’adhésion « symbolique ». Nous n’ignorons bien sûr pas qu’en résistant depuis quatre ans à l’agression russe vous ne défendez pas seulement vos frontières mais également celles de la Pologne, des Pays baltes et donc de l’Union tout entière. Nous savons ce que nous vous devons mais comprenez de votre côté que c’est son délitement que l’Union risquerait en vous disant oui et que rien ne saurait justifier que nous allions, vous et nous, au-devant d’un tel danger.

Si l’Ukraine devenait, dès janvier, le vingt-huitième Etat de l’Union européenne, cinq pays des Balkans occidentaux, six en comptant la Serbie, seraient fondés à dire qu’eux non plus ne sauraient attendre plus longtemps. Déjà bien difficile à gouverner à 27, l’Union passerait alors à 34 membres et, toujours en vigueur, la règle de l’unanimité viendrait régulièrement en bloquer le fonctionnement.

Il faudrait modifier les traités. Cela demanderait d’interminables négociations et lorsqu’un compromis aurait enfin été scellé, il se trouverait à coup sûr un ou plusieurs des Etats membres pour en refuser la ratification. Une crise majeure paralyserait l’Union et en admettant même, M. le Président, que nous ne fassions d’exception que pour vous et n’ayons pas à modifier les traités, le poids de votre secteur agricole est tel que la peur de la concurrence mobiliserait les mondes ruraux contre l’adhésion de votre pays.

Faudrait-il vraiment risquer que l’Union finisse par refuser de s’élargir à l’Ukraine et ulcère les Balkans au point d’y laisser le champ libre à Trump, Xi Jinping et Poutine ?

Evidemment pas. Ne faisons surtout pas de si grands cadeaux à nos adversaires mais alors quoi ?

Eh bien voyons grand. Ne raisonnons plus à l’ancienne. Ne pensons plus en termes d’élargissement d’une zone économique régie par des règles uniques mais de constitution d’un ensemble politique et militaire aux degrés d’intégration différenciés. Certains des Etats membres, ceux qui le souhaiterons, resserreront leurs liens politiques et le font déjà. Ceux qui ne le souhaitent pas en resteront au seul contenu des traités auxquels ils ont souscrit en entrant dans l’Union.

Il n’y aurait ainsi rien à changer aux textes qui nous régissent car ceux qui voudraient aller plus loin plus vite le feraient sur la base de d’accords n’engageant qu’eux et auxquels des pays non membres de l’Union pourraient se rallier. C’est si simple et si vrai que les démarches communes de Paris, Londres et Berlin esquissent dès maintenant cette évolution.

C’est à ces trois capitales qu’on doit la formation de la « coalition des volontaires » en soutien à l’Ukraine puis du groupe des quelque cinquante Etats prêts, quand les armes s’y seront tu, à assurer la liberté de circulation dans le détroit d’Ormuz. Avec la Pologne et l’Italie, ce Groupe des 3 tend à devenir aujourd’hui Groupe des 5. Hors traités, l’Union a désormais une avant-garde politique qui lui ouvre de nouveaux horizons. Elle est peu nombreuse, presque élitaire diront certains, mais plusieurs grandes démocraties n’appartenant pas plus à l’Union que la Grande-Bretagne s’en rapprochent déjà et Donald Trump élargira toujours plus ses rangs en continuant à s’en prendre à l’Alliance atlantique.

Devenue, sous le feu russe, une puissance militaire de premier plan, l’Ukraine a toute sa place aux côtés de ceux qui cherchent à anticiper les conséquences de la rupture transatlantique qu’elle aura été la première à éprouver. Avec l’Union, l’Ukraine doit approfondir ses liens économiques mais sans perdre son temps à des batailles inutiles, c’est à l’avant-garde des démocraties qu’elle doit s’intégrer.

Photo : European Union

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Désolé, M. Zelenski, mais c’est non. On est malheureux d’avoir à vous le dire mais non, M. le Président, l’Ukraine ne pourra pas devenir du jour au lendemain membre à part entière de l’Union.

On comprend bien que vous veniez de refuser toute idée d’étapes ou d’adhésion « symbolique ». Nous n’ignorons bien sûr pas qu’en résistant depuis quatre ans à l’agression russe vous ne défendez pas seulement vos frontières mais également celles de la Pologne, des Pays baltes et donc de l’Union tout entière. Nous savons ce que nous vous devons mais comprenez de votre côté que c’est son délitement que l’Union risquerait en vous disant oui et que rien ne saurait justifier que nous allions, vous et nous, au-devant d’un tel danger.

Si l’Ukraine devenait, dès janvier, le vingt-huitième Etat de l’Union européenne, cinq pays des Balkans occidentaux, six en comptant la Serbie, seraient fondés à dire qu’eux non plus ne sauraient attendre plus longtemps. Déjà bien difficile à gouverner à 27, l’Union passerait alors à 34 membres et, toujours en vigueur, la règle de l’unanimité viendrait régulièrement en bloquer le fonctionnement.

Il faudrait modifier les traités. Cela demanderait d’interminables négociations et lorsqu’un compromis aurait enfin été scellé, il se trouverait à coup sûr un ou plusieurs des Etats membres pour en refuser la ratification. Une crise majeure paralyserait l’Union et en admettant même, M. le Président, que nous ne fassions d’exception que pour vous et n’ayons pas à modifier les traités, le poids de votre secteur agricole est tel que la peur de la concurrence mobiliserait les mondes ruraux contre l’adhésion de votre pays.

Faudrait-il vraiment risquer que l’Union finisse par refuser de s’élargir à l’Ukraine et ulcère les Balkans au point d’y laisser le champ libre à Trump, Xi Jinping et Poutine ?

Evidemment pas. Ne faisons surtout pas de si grands cadeaux à nos adversaires mais alors quoi ?

Eh bien voyons grand. Ne raisonnons plus à l’ancienne. Ne pensons plus en termes d’élargissement d’une zone économique régie par des règles uniques mais de constitution d’un ensemble politique et militaire aux degrés d’intégration différenciés. Certains des Etats membres, ceux qui le souhaiterons, resserreront leurs liens politiques et le font déjà. Ceux qui ne le souhaitent pas en resteront au seul contenu des traités auxquels ils ont souscrit en entrant dans l’Union.

Il n’y aurait ainsi rien à changer aux textes qui nous régissent car ceux qui voudraient aller plus loin plus vite le feraient sur la base de d’accords n’engageant qu’eux et auxquels des pays non membres de l’Union pourraient se rallier. C’est si simple et si vrai que les démarches communes de Paris, Londres et Berlin esquissent dès maintenant cette évolution.

C’est à ces trois capitales qu’on doit la formation de la « coalition des volontaires » en soutien à l’Ukraine puis du groupe des quelque cinquante Etats prêts, quand les armes s’y seront tu, à assurer la liberté de circulation dans le détroit d’Ormuz. Avec la Pologne et l’Italie, ce Groupe des 3 tend à devenir aujourd’hui Groupe des 5. Hors traités, l’Union a désormais une avant-garde politique qui lui ouvre de nouveaux horizons. Elle est peu nombreuse, presque élitaire diront certains, mais plusieurs grandes démocraties n’appartenant pas plus à l’Union que la Grande-Bretagne s’en rapprochent déjà et Donald Trump élargira toujours plus ses rangs en continuant à s’en prendre à l’Alliance atlantique.

Devenue, sous le feu russe, une puissance militaire de premier plan, l’Ukraine a toute sa place aux côtés de ceux qui cherchent à anticiper les conséquences de la rupture transatlantique qu’elle aura été la première à éprouver. Avec l’Union, l’Ukraine doit approfondir ses liens économiques mais sans perdre son temps à des batailles inutiles, c’est à l’avant-garde des démocraties qu’elle doit s’intégrer.

Photo : European Union

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