Les sourires après le bazooka

Tribune publiée dans Libération le 16 février 2026.

La musique n’est plus la même. Cette fois, Donald Trump avait envoyé à Munich son secrétaire d’Etat Marco Rubio, un homme assez policé pour savoir dire que les Etats-Unis étaient l’enfant de l’Europe, qu’ils la souhaitaient forte et voulaient « revigorer » l’Alliance atlantique et non pas la briser mais pourquoi le président américain avait-il ainsi changé de pied ?

Ce n’est pas qu’il ait modifié ses choix. Donald Trump n’a pas renoncé à défaire l’Union européenne mais il en revanche tiré les conséquences de l’échec que son vice-président avait essuyé, il y a douze mois, en s’attaquant frontalement aux Européens à cette même Conférence sur la sécurité.

J.D. Vance n’avait alors fait que resserrer les rangs de l’Union. Il avait creusé d’un coup un tel fossé entre les deux rives de l’Atlantique qu’une large majorité d’Européens ne considèrent désormais plus que l’Amérique soit leur allié. Il avait ainsi mis en porte-à-faux les extrêmes-droites sur lesquelles cette Amérique-là entend pourtant s’appuyer et ce n’est pas tout.

En tentant ensuite de contraindre l’Ukraine à la reddition et menaçant d’annexer le Groënland, Donald Trump avait rapproché l’Union, le Royaume-Uni, le Canada et plusieurs autres démocraties dans un front commun face auquel il avait dû reculer par deux fois.

Plus rond et moins hostile à la démocratie que ne le sont un J.D. Vance ou un Elon Musk, Marco Rubio était en position de tendre la main à l’Europe mais où s’est-il rendu après Munich ?

Dans les deux seuls pays de l’Union, la Hongrie et la Slovaquie, qui voudraient comme Donald Trump que l’Ukraine accepte les conditions que la Russie pose à un arrêt des combats. Sur le fond, rien n’a changé mais pourquoi les Européens, seconde question, ont-ils tant applaudi Marco Rubio qui les avait pourtant si clairement pressés de se rallier aux dogmes MAGA ?

Là encore, la raison en est simple. C’est qu’ils ont été soulagés de voir que la Maison-Blanche troquait l’attaque frontale contre un constat de désaccord entre alliés. La partie n’en sera pas plus aisée pour eux. Les extrêmes-droites y retrouveront au contraire une marge de manœuvres. La courtoisie de Marco Rubio pourrait s’avérer autrement plus efficace pour Donald Trump que ne l’avait été la brutalité de J.D. Vance mais en contraignant la Maison-Blanche à ce changement tactique, les Européens ont gagné du temps.

Maintenant que les Etats-Unis ont souhaité la revigorer, ils seront moins susceptibles de quitter l’Alliance atlantique du jour au lendemain et de refermer par là-même leur parapluie nucléaire. L’Europe sera moins près de se retrouver sans protection américaine avant d’avoir pu se doter d’une défense propre. Grâce à leur résistance à l’offensive trumpiste, les Européens se sont donné le moment de répit nécessaire aux compromis sans lesquels l’Union ne pourra pas se réinventer en puissance politique.

Pour l’heure, tout bouillonne. On débat partout et sans cesse de modalités d’élargissements graduels, de coopérations renforcées, d’une extension de la dissuasion française aux autres pays de l’Union, de l’instauration d’un conseil de sécurité européen où siègerait la Grande-Bretagne et de la pérennité de l’Alliance atlantique à laquelle Emmanuel Macron ne croit visiblement pas alors que les Allemands souhaiteraient parvenir à la refonder en l’appuyant sur deux piliers, européen et américain.

Entre partenaires européens, les différences d’appréciation sont patentes mais ne constituent pas de vraies divergences car c’est leur unanimité sur l’essentiel qui était frappante à Munich.

Britanniques compris, tous partagent une même volonté d’être au plus vite en capacité de se défendre seuls et un refus de laisser Trump redessiner les frontières de l’Europe. Quant à la pérennité de l’Alliance, tous savent qu’au bout du compte, c’est des Etats-Unis et non pas d’eux qu’elle dépendra et qu’en attendant, leur tâche est d’œuvrer à leur Défense commune.

Photo : US Department of State

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Les sourires après le bazooka

Tribune publiée dans Libération le 16 février 2026.

La musique n’est plus la même. Cette fois, Donald Trump avait envoyé à Munich son secrétaire d’Etat Marco Rubio, un homme assez policé pour savoir dire que les Etats-Unis étaient l’enfant de l’Europe, qu’ils la souhaitaient forte et voulaient « revigorer » l’Alliance atlantique et non pas la briser mais pourquoi le président américain avait-il ainsi changé de pied ?

Ce n’est pas qu’il ait modifié ses choix. Donald Trump n’a pas renoncé à défaire l’Union européenne mais il en revanche tiré les conséquences de l’échec que son vice-président avait essuyé, il y a douze mois, en s’attaquant frontalement aux Européens à cette même Conférence sur la sécurité.

J.D. Vance n’avait alors fait que resserrer les rangs de l’Union. Il avait creusé d’un coup un tel fossé entre les deux rives de l’Atlantique qu’une large majorité d’Européens ne considèrent désormais plus que l’Amérique soit leur allié. Il avait ainsi mis en porte-à-faux les extrêmes-droites sur lesquelles cette Amérique-là entend pourtant s’appuyer et ce n’est pas tout.

En tentant ensuite de contraindre l’Ukraine à la reddition et menaçant d’annexer le Groënland, Donald Trump avait rapproché l’Union, le Royaume-Uni, le Canada et plusieurs autres démocraties dans un front commun face auquel il avait dû reculer par deux fois.

Plus rond et moins hostile à la démocratie que ne le sont un J.D. Vance ou un Elon Musk, Marco Rubio était en position de tendre la main à l’Europe mais où s’est-il rendu après Munich ?

Dans les deux seuls pays de l’Union, la Hongrie et la Slovaquie, qui voudraient comme Donald Trump que l’Ukraine accepte les conditions que la Russie pose à un arrêt des combats. Sur le fond, rien n’a changé mais pourquoi les Européens, seconde question, ont-ils tant applaudi Marco Rubio qui les avait pourtant si clairement pressés de se rallier aux dogmes MAGA ?

Là encore, la raison en est simple. C’est qu’ils ont été soulagés de voir que la Maison-Blanche troquait l’attaque frontale contre un constat de désaccord entre alliés. La partie n’en sera pas plus aisée pour eux. Les extrêmes-droites y retrouveront au contraire une marge de manœuvres. La courtoisie de Marco Rubio pourrait s’avérer autrement plus efficace pour Donald Trump que ne l’avait été la brutalité de J.D. Vance mais en contraignant la Maison-Blanche à ce changement tactique, les Européens ont gagné du temps.

Maintenant que les Etats-Unis ont souhaité la revigorer, ils seront moins susceptibles de quitter l’Alliance atlantique du jour au lendemain et de refermer par là-même leur parapluie nucléaire. L’Europe sera moins près de se retrouver sans protection américaine avant d’avoir pu se doter d’une défense propre. Grâce à leur résistance à l’offensive trumpiste, les Européens se sont donné le moment de répit nécessaire aux compromis sans lesquels l’Union ne pourra pas se réinventer en puissance politique.

Pour l’heure, tout bouillonne. On débat partout et sans cesse de modalités d’élargissements graduels, de coopérations renforcées, d’une extension de la dissuasion française aux autres pays de l’Union, de l’instauration d’un conseil de sécurité européen où siègerait la Grande-Bretagne et de la pérennité de l’Alliance atlantique à laquelle Emmanuel Macron ne croit visiblement pas alors que les Allemands souhaiteraient parvenir à la refonder en l’appuyant sur deux piliers, européen et américain.

Entre partenaires européens, les différences d’appréciation sont patentes mais ne constituent pas de vraies divergences car c’est leur unanimité sur l’essentiel qui était frappante à Munich.

Britanniques compris, tous partagent une même volonté d’être au plus vite en capacité de se défendre seuls et un refus de laisser Trump redessiner les frontières de l’Europe. Quant à la pérennité de l’Alliance, tous savent qu’au bout du compte, c’est des Etats-Unis et non pas d’eux qu’elle dépendra et qu’en attendant, leur tâche est d’œuvrer à leur Défense commune.

Photo : US Department of State

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