et
nous avons à le dire
Je ne devrais pas, je sais. Je ne devrais sans doute pas renoncer à ces deux principes cardinaux qui sont de ne jamais manquer à la politesse et de toujours défendre ses propositions plutôt que de critiquer celles des autres mais il est temps de dire que ce roi est nu, totalement et grotesquement nu.
C’est un devoir car à ne pas dire que Donald Trump n’est qu’un dangereux bouffon, on laisse s’installer l’idée qu’il n’y aurait rien d’anormal, choquant et inadmissible à son comportement et ses propos alors même qu’il nous fait revenir à des âges dont l’humanité venait d’enfin sortir.
Depuis Auschwitz, il n’était plus possible d’affirmer publiquement que le monde se diviserait entre races supérieures et inférieures. Aucun chef d’Etat ne l’aurait jamais pu sans risquer la destitution ou une condamnation universelle mais Donald Trump, dix heures durant, a laissé publier par ce qui est son site les visages de Barack et Michelle Obama sur des corps de singes. A cette heure, il ne s’en est pas même excusé et, bien pire encore, cette abomination n’a pas suscité de tollé mondial.
Logiquement occupé à se demander si les Etats-Unis entreraient ou non en guerre contre le régime iranien, le monde a passé cette trumperie, une de plus, par pertes et profits car cet homme a su nous habituer à admettre l’inadmissible. S’il s’autorise à imiter le Ku Klux Klan en assimilant les Noirs à des singes, c’est qu’il avait constaté qu’il lui était tout à fait possible, juste après avoir juré de respecter la Constitution, d’amnistier ses amis émeutiers qui, quatre ans plus tôt, s’étaient lancés à l’assaut du Congrès. Rien ne lui avait fait obstacle et pourquoi s’étonner alors qu’il ait poursuivi en si bonne voie ?
Ce fut bientôt, dans le Bureau ovale, la suffocante mise en accusation du président d’une démocratie agressée par un dictateur et, depuis, Donald Trump n’a jamais voulu désigner Vladimir Poutine pour ce qu’il est : le seul et unique coupable de cette guerre qu’il a enclenchée. Sa complaisance pour le dictateur russe est telle que beaucoup se demandent s’il ne serait pas tenu par le KGB mais c’est très volontairement que ce successeur de Truman et Reagan sert les intérêts du Kremlin.
C’est parce qu’il rêve d’un monde que les Etats-Unis se partageraient avec la Chine et la Russie, d’un monde de dictatures débarrassé de cet odieux exemple de démocratie sociale qu’est l’Union européenne ; qu’il a si bien décrédibilisé l’Alliance atlantique ; s’acharne à briser le lien séculaire entre l’Europe et les Etats-Unis et n’avait pas hésité à justifier ses menaces d’annexion du Groënland avec le même argument, la sécurité nationale, que Vladimir Poutine à propos de l’Ukraine.
Les faits sont là : Donald Trump a fait un souvenir du droit international, de cet immense pas que la civilisation avait franchi à la Libération, et pris parallèlement le temps de diviser son pays comme il ne l’avait jamais été depuis la guerre de sécession.
Donald Trump est, oui, parvenu à mettre deux Amérique face-à-face et à plonger ce qui avait été la plus puissante des démocraties dans une décadence clownesque et brutale dont le président exige que l’on renomme tout à son nom, où l’on s’attaque à la presse, traque les enfants d’immigrés à la sortie des écoles, dévalorise les vaccinations et envoie la troupe dans les villes coupables de voter démocrate.
Ce n’est plus la liberté. Ce n’est plus la démocratie.
Cette Amérique-là n’est plus notre alliée. Que ce soit provisoire ou durable, elle est aujourd’hui notre adversaire et nous avons à le dire car nous ne pouvons plus ni laisser faire de la fausse monnaie des valeurs qui nous avaient été communes ni tarder à organiser les pays qui veulent résister à ce retour en arrière. La bataille sera rude mais l’Europe s’affirme et seule la couardise de Trump est aussi grande que son obscénité.
Photo : Gage Skidmore @ Flickr
