Il faut faire savoir à Poutine le prix d’une escalade

Tribune publiée dans Libération le 29 septembre 2026.

Contrairement à ce que pensent les Russes, leur président n’est peut-être pas l’homme le plus riche du monde. Il a des concurrents mais sa fortune est évidemment considérable car depuis vingt-sept ans qu’il est aux commandes d’un pays gorgé de gaz et de pétrole, il a eu tout loisir de profiter de la kleptocratie qu’il a mise en place.

Cet argent est investi grâce à des cascades de sociétés dont le détenteur n’est pas aisément traçable mais les services secrets y ont travaillé. Ils sont payés pour cela. Beaucoup de gouvernements ont d’épais dossiers sur les avoirs de Vladimir Poutine, ses placements et les entreprises qu’il contrôle, et rien n’empêcherait donc de lui faire savoir que ces informations pourraient être publiées.

Ce serait l’un des moyens de lui donner à réfléchir avant qu’il ne se lance dans l’escalade à laquelle le poussent l’essoufflement de son économie, l’échec de ses troupes dans le Donbass et la fenêtre d’opportunité qui s’ouvre à lui aux Etats-Unis comme en Europe. Non seulement le maître du Kremlin a un besoin vital de marquer des points pour des raisons de politique intérieure mais il croit que les élections américaines de mi-mandat, la confusion que les succès de l’AfD créent en Allemagne et la campagne présidentielle dans laquelle est entrée la France lui en offrent la possibilité.

Il a déjà entrepris d’intensifier le bombardement des villes et infrastructures ukrainiennes. Il multiplie les provocations sur le territoire de l’Union et les services de renseignement rapportent unanimement qu’il va tenter d’ouvrir un second front au Nord et s’apprête à organiser un coup de main dans un pays membre ou proche de l’Union européenne et de l’Otan.

Son objectif est clair. Il veut mettre les Européens au défi d’accroître leur soutien militaire et financier à l’Ukraine, leur donner à voir, dans le même temps, que la protection américaine ne leur est décidément plus assurée et semer de cette manière la peur dans chacun des 27 Etats de l’Union afin de les diviser de l’intérieur.

Les plans de Vladimir Poutine se tiennent mais une fois de plus, il sous-estime les Européens. Il oublie que l’invasion de l’Ukraine avait amené la Finlande et la Suède à rejoindre les rangs de l’Otan, qu’elle avait conduit l’ensemble de l’Union à augmenter ses dépenses militaires et que les Européens avaient su empêcher Donald Trump de s’entendre avec lui sur le dos des Ukrainiens. Il ne voit pas que loin de s’assurer la reddition de l’Ukraine et la soumission de l’Union, il va affirmer un front commun des 27 face auquel ses armées seront encore plus impuissantes que face à la seule Ukraine.

Ce que médite le président russe n’est rien d’autre qu’une folie qui exposerait tout le continent à de graves dangers avant que la défaite du Kremlin ne s’avère.

Le face-à-face qui menace et tous les dérapages qu’il comporterait, on doit donc les éviter à tout prix.

On ne peut pas laisser Vladimir Poutine jouer avec le feu. Contrairement à ce que fait Mme Le Pen, on ne doit surtout pas nourrir ses illusions en lui laissant espérer que les extrêmes-droites « ferment le robinet » de l’aide à l’Ukraine. Il ne faut pas entretenir l’absurde crainte d’une guerre nucléaire mais montrer une absolue détermination à relever le gant, laisser voir la manière dont nous sommes prêts à défendre les frontières orientales de l’Union et, face à des provocations qui s’aggravent, rendre œil pour œil, dent pour dent.

Nous ne devrions plus hésiter à dévoiler ce que nous savons de la corruption de Vladimir Poutine. Sans plus attendre, nous devrions créer une radio commune, Voice of Europe, La Voix de l’Europe, pour tendre la main aux Russes par-dessus la tête de leurs dirigeants. Nous devrions avant tout montrer que nous pouvons nous aussi couper les réseaux de communication de grandes banques et administrations, perturber Internet ou pirater une chaîne de télévision. Ce que les services russes savent faire, les nôtres le savent aussi.

Photo : kremlin.ru

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Il faut faire savoir à Poutine le prix d’une escalade

Tribune publiée dans Libération le 29 septembre 2026.

Contrairement à ce que pensent les Russes, leur président n’est peut-être pas l’homme le plus riche du monde. Il a des concurrents mais sa fortune est évidemment considérable car depuis vingt-sept ans qu’il est aux commandes d’un pays gorgé de gaz et de pétrole, il a eu tout loisir de profiter de la kleptocratie qu’il a mise en place.

Cet argent est investi grâce à des cascades de sociétés dont le détenteur n’est pas aisément traçable mais les services secrets y ont travaillé. Ils sont payés pour cela. Beaucoup de gouvernements ont d’épais dossiers sur les avoirs de Vladimir Poutine, ses placements et les entreprises qu’il contrôle, et rien n’empêcherait donc de lui faire savoir que ces informations pourraient être publiées.

Ce serait l’un des moyens de lui donner à réfléchir avant qu’il ne se lance dans l’escalade à laquelle le poussent l’essoufflement de son économie, l’échec de ses troupes dans le Donbass et la fenêtre d’opportunité qui s’ouvre à lui aux Etats-Unis comme en Europe. Non seulement le maître du Kremlin a un besoin vital de marquer des points pour des raisons de politique intérieure mais il croit que les élections américaines de mi-mandat, la confusion que les succès de l’AfD créent en Allemagne et la campagne présidentielle dans laquelle est entrée la France lui en offrent la possibilité.

Il a déjà entrepris d’intensifier le bombardement des villes et infrastructures ukrainiennes. Il multiplie les provocations sur le territoire de l’Union et les services de renseignement rapportent unanimement qu’il va tenter d’ouvrir un second front au Nord et s’apprête à organiser un coup de main dans un pays membre ou proche de l’Union européenne et de l’Otan.

Son objectif est clair. Il veut mettre les Européens au défi d’accroître leur soutien militaire et financier à l’Ukraine, leur donner à voir, dans le même temps, que la protection américaine ne leur est décidément plus assurée et semer de cette manière la peur dans chacun des 27 Etats de l’Union afin de les diviser de l’intérieur.

Les plans de Vladimir Poutine se tiennent mais une fois de plus, il sous-estime les Européens. Il oublie que l’invasion de l’Ukraine avait amené la Finlande et la Suède à rejoindre les rangs de l’Otan, qu’elle avait conduit l’ensemble de l’Union à augmenter ses dépenses militaires et que les Européens avaient su empêcher Donald Trump de s’entendre avec lui sur le dos des Ukrainiens. Il ne voit pas que loin de s’assurer la reddition de l’Ukraine et la soumission de l’Union, il va affirmer un front commun des 27 face auquel ses armées seront encore plus impuissantes que face à la seule Ukraine.

Ce que médite le président russe n’est rien d’autre qu’une folie qui exposerait tout le continent à de graves dangers avant que la défaite du Kremlin ne s’avère.

Le face-à-face qui menace et tous les dérapages qu’il comporterait, on doit donc les éviter à tout prix.

On ne peut pas laisser Vladimir Poutine jouer avec le feu. Contrairement à ce que fait Mme Le Pen, on ne doit surtout pas nourrir ses illusions en lui laissant espérer que les extrêmes-droites « ferment le robinet » de l’aide à l’Ukraine. Il ne faut pas entretenir l’absurde crainte d’une guerre nucléaire mais montrer une absolue détermination à relever le gant, laisser voir la manière dont nous sommes prêts à défendre les frontières orientales de l’Union et, face à des provocations qui s’aggravent, rendre œil pour œil, dent pour dent.

Nous ne devrions plus hésiter à dévoiler ce que nous savons de la corruption de Vladimir Poutine. Sans plus attendre, nous devrions créer une radio commune, Voice of Europe, La Voix de l’Europe, pour tendre la main aux Russes par-dessus la tête de leurs dirigeants. Nous devrions avant tout montrer que nous pouvons nous aussi couper les réseaux de communication de grandes banques et administrations, perturber Internet ou pirater une chaîne de télévision. Ce que les services russes savent faire, les nôtres le savent aussi.

Photo : kremlin.ru

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