Face aux extrêmes-droites, les démocrates ne doivent plus constituer qu’un seul bloc

Tribune publiée dans Libération le 11 mai 2026.

Il faut à l’Europe un parti démocrate. Sans doute n’aura-t-il pas partout le même nom ni le même forme mais les démocrates des 27 pays de l’Union comme des autres démocraties du continent doivent aujourd’hui faire front, tant au niveau national que paneuropéen.

Organisation commune, alliance électorale ou fédération de partis, tout impose cette unité maintenant que les élections de jeudi ont assuré un triomphe à Reform UK, que l’AfD fait course en tête et que le Rassemblement national peut remporter la présidentielle de 2027.

Que l’extrême-droite progresse encore et prenne les commandes à Londres, Paris ou Berlin et c’en serait fini du soutien européen à l’Ukraine, de l’unité face à Donald Trump et Vladimir Poutine, de la constitution d’une défense commune, de l’affirmation de l’Europe sur la scène internationale et de la nouvelle convergence entre puissances moyennes qu’elle organise pas à pas autour d’elle.

Ce qui est en jeu est la pérennité de la démocratie dont l’Europe est le bastion, la définition des grands équilibres de ce siècle et la nécessité d’écarter la si plausible émergence d’un duopole sino-américain.

Il y a urgence mais comment procéder ? Comment surmonter les divergences entre ces centre, ces droites et ces gauches qui sont à rassembler dans un même combat ? Comment donner force, attrait et crédit à ce parti démocrate, forcément composite et aujourd’hui tellement improbable alors que droites et gauches cherchent au contraire leur salut dans une réaffirmation identitaire, verrouillent des frontières idéologiques remontant à la fin des monarchies absolues et à la naissance du mouvement ouvrier, s’enferment dans des passés révolus et tentent de rendre vie à des formations dont le desséchement intellectuel a tant contribué à l’essor des nouvelles extrêmes-droites ?

Ce ne sera certes pas facile mais nécessité fait loi.

Un nouveau monde est à construire et face à des extrêmes-droites dont les seules propositions sont la fuite vers des passés mythifiés, le rejet de l’autre et le retour à des régimes autoritaires, les démocrates ont des ambitions communes qu’ils peuvent et doivent défendre ensemble.

La première est l’unité de l’Europe car les temps changent. Hier cause abstraite, difficile à appréhender et si souvent anxiogène, elle est toujours plus perçue maintenant comme la nécessité qu’elle est face au revanchisme de Poutine, à l’impérialisme de Trump, aux défis industriels de Xi et aux chaos des autre rives de la Méditerranée.

Parce que chaque Européen peut désormais voir que nos économies, nos protections sociales et notre influence internationale sont menacées et en vient donc à réaliser que seule notre unité permettra de relever ces défis, l’unité de l’Europe devient un programme politique.

On peut et doit aller aux élections nationales en proposant d’accélérer la marche vers une défense commune avant que nous autres Européens ne devenions une proie ; de resserrer les liens entre l’Union et l’ensemble des démocraties européennes ; d’actualiser notre modèle social afin de le pérenniser et d’assurer notre autonomie énergétique en tirant les conclusions des guerres d’Ukraine et d’Iran et réduisant ainsi la part des énergies fossiles au profit des énergies renouvelables.

Sur chacun de ces points, des convergence sont aisées à trouver entre tous les démocrates mais ce n’est pas tout. De gauche, de droite et d’ailleurs, tous doivent et peuvent aussi s’entendre sur le respect et la promotion du droit international ; le codéveloppement volontariste de l’Europe et de l’Afrique ; la création d’instruments financiers propres à l’Europe ; la constitution de géants industriels à même de concurrencer ceux de la Chine et de Etats-Unis ; la régulation d’internet ; la préservation d’audiovisuels publics crédibles et la restriction du rôle de l’argent en politique par le strict plafonnement des dépenses électorales.

Contre les extrêmes-droites, l’heure n’est plus aux cordons sanitaires. Elle est à une pleine unité des démocrates que celle ou celui qui fera face au RN au second tour de la présidentielle française devra savoir incarner ou s’attendre à perdre.

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Face aux extrêmes-droites, les démocrates ne doivent plus constituer qu’un seul bloc

Tribune publiée dans Libération le 11 mai 2026.

Il faut à l’Europe un parti démocrate. Sans doute n’aura-t-il pas partout le même nom ni le même forme mais les démocrates des 27 pays de l’Union comme des autres démocraties du continent doivent aujourd’hui faire front, tant au niveau national que paneuropéen.

Organisation commune, alliance électorale ou fédération de partis, tout impose cette unité maintenant que les élections de jeudi ont assuré un triomphe à Reform UK, que l’AfD fait course en tête et que le Rassemblement national peut remporter la présidentielle de 2027.

Que l’extrême-droite progresse encore et prenne les commandes à Londres, Paris ou Berlin et c’en serait fini du soutien européen à l’Ukraine, de l’unité face à Donald Trump et Vladimir Poutine, de la constitution d’une défense commune, de l’affirmation de l’Europe sur la scène internationale et de la nouvelle convergence entre puissances moyennes qu’elle organise pas à pas autour d’elle.

Ce qui est en jeu est la pérennité de la démocratie dont l’Europe est le bastion, la définition des grands équilibres de ce siècle et la nécessité d’écarter la si plausible émergence d’un duopole sino-américain.

Il y a urgence mais comment procéder ? Comment surmonter les divergences entre ces centre, ces droites et ces gauches qui sont à rassembler dans un même combat ? Comment donner force, attrait et crédit à ce parti démocrate, forcément composite et aujourd’hui tellement improbable alors que droites et gauches cherchent au contraire leur salut dans une réaffirmation identitaire, verrouillent des frontières idéologiques remontant à la fin des monarchies absolues et à la naissance du mouvement ouvrier, s’enferment dans des passés révolus et tentent de rendre vie à des formations dont le desséchement intellectuel a tant contribué à l’essor des nouvelles extrêmes-droites ?

Ce ne sera certes pas facile mais nécessité fait loi.

Un nouveau monde est à construire et face à des extrêmes-droites dont les seules propositions sont la fuite vers des passés mythifiés, le rejet de l’autre et le retour à des régimes autoritaires, les démocrates ont des ambitions communes qu’ils peuvent et doivent défendre ensemble.

La première est l’unité de l’Europe car les temps changent. Hier cause abstraite, difficile à appréhender et si souvent anxiogène, elle est toujours plus perçue maintenant comme la nécessité qu’elle est face au revanchisme de Poutine, à l’impérialisme de Trump, aux défis industriels de Xi et aux chaos des autre rives de la Méditerranée.

Parce que chaque Européen peut désormais voir que nos économies, nos protections sociales et notre influence internationale sont menacées et en vient donc à réaliser que seule notre unité permettra de relever ces défis, l’unité de l’Europe devient un programme politique.

On peut et doit aller aux élections nationales en proposant d’accélérer la marche vers une défense commune avant que nous autres Européens ne devenions une proie ; de resserrer les liens entre l’Union et l’ensemble des démocraties européennes ; d’actualiser notre modèle social afin de le pérenniser et d’assurer notre autonomie énergétique en tirant les conclusions des guerres d’Ukraine et d’Iran et réduisant ainsi la part des énergies fossiles au profit des énergies renouvelables.

Sur chacun de ces points, des convergence sont aisées à trouver entre tous les démocrates mais ce n’est pas tout. De gauche, de droite et d’ailleurs, tous doivent et peuvent aussi s’entendre sur le respect et la promotion du droit international ; le codéveloppement volontariste de l’Europe et de l’Afrique ; la création d’instruments financiers propres à l’Europe ; la constitution de géants industriels à même de concurrencer ceux de la Chine et de Etats-Unis ; la régulation d’internet ; la préservation d’audiovisuels publics crédibles et la restriction du rôle de l’argent en politique par le strict plafonnement des dépenses électorales.

Contre les extrêmes-droites, l’heure n’est plus aux cordons sanitaires. Elle est à une pleine unité des démocrates que celle ou celui qui fera face au RN au second tour de la présidentielle française devra savoir incarner ou s’attendre à perdre.

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